La loi Informatique et libertés et la CNIL
11 min de lectureAu programme du concours d’agent administratif, du concours de contrôleur et du concours d’inspecteur des Finances publiques
Testez-vous · sans compte
Vrai ou faux ?
La loi Informatique et libertés date du 6 janvier 1978.
La France a été l'un des premiers pays à encadrer les fichiers informatiques : la loi du 6 janvier 1978, née du scandale du projet SAFARI (Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus), crée la Commission nationale de l'informatique et des libertés, première autorité administrative indépendante française. Quarante ans plus tard, le règlement européen de 2018 a repris et durci ses principes ; la loi, réécrite, subsiste pour ce que le règlement laisse aux États. Le QCM attend la date et l'origine de la loi, la nature et les missions de la CNIL, ses pouvoirs de sanction et les fichiers qui concernent directement la DGFiP (direction générale des Finances publiques).
À retenir
- Origine : en 1974, Le Monde révèle le projet SAFARI d'interconnexion des fichiers administratifs par le numéro de sécurité sociale ; l'émotion conduit à la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés.
- Article 1er : « L'informatique doit être au service de chaque citoyen… Elle ne doit porter atteinte ni à l'identité humaine, ni aux droits de l'homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques. »
- La CNIL est une autorité administrative indépendante : collège de dix-huit membres (parlementaires, magistrats, personnalités qualifiées), président nommé par décret du Président de la République parmi eux, indépendance vis-à-vis du Gouvernement, environ trois cents agents.
- Missions : informer les personnes et les professionnels, conseiller les pouvoirs publics (avis obligatoire sur les projets de loi et décrets touchant aux données), accompagner la conformité (référentiels, recommandations), contrôler sur place et en ligne, sanctionner, anticiper les évolutions technologiques.
- Mesures correctrices : le président peut mettre en demeure de se conformer ; la formation restreinte peut notamment prononcer rappel à l'ordre, injonction et amende jusqu'à 20 millions d'euros ou, pour une entreprise, 4 % du chiffre d'affaires mondial. Les sanctions peuvent être rendues publiques et se contestent devant le Conseil d'État.
- Articulation : le RGPD (règlement général sur la protection des données) s'applique directement depuis le 25 mai 2018 ; la loi de 1978, révisée par la loi du 20 juin 2018 et l'ordonnance de décembre 2018, précise les marges nationales : données de santé, numéro de sécurité sociale, fichiers de police et de sûreté, consentement autonome à quinze ans pour l'offre directe de services en ligne fondée sur le consentement, directives sur le sort des données après la mort.
- Pour la DGFiP : les traitements fiscaux sont soumis à la loi et contrôlés par la CNIL ; les grands fichiers (FICOBA [fichier national des comptes bancaires et assimilés] pour les comptes bancaires, données de la déclaration de revenus, ciblage de la fraude) ont fait l'objet d'avis et de décrets ; un délégué à la protection des données veille en interne.
Une loi née d'un scandale
Au début des années 1970, l'État envisage de relier ses fichiers grâce au numéro d'inscription au répertoire de l'Insee, le numéro de sécurité sociale. Le projet, baptisé SAFARI, est révélé par Le Monde en mars 1974 sous le titre « SAFARI ou la chasse aux Français ». La crainte d'un fichage généralisé conduit à une commission puis à la loi du 6 janvier 1978, l'une des premières au monde. Elle pose des principes toujours valables : finalité déterminée des fichiers, proportionnalité des données collectées, durée de conservation limitée, sécurité, droits d'accès et de rectification des personnes, encadrement strict des données sensibles et de l'usage du numéro de sécurité sociale. Elle crée surtout une autorité chargée de veiller à son application, la CNIL.
| Date | Texte | Apport |
|---|---|---|
| 6 janvier 1978 | Loi n° 78-17 Informatique et libertés | Principes de protection, création de la CNIL, formalités préalables |
| 6 août 2004 | Loi transposant la directive européenne de 1995 | Allègement des formalités, correspondant informatique et libertés, pouvoirs de sanction renforcés |
| 7 octobre 2016 | Loi pour une République numérique | Directives sur le sort des données après la mort, droit à l'oubli des mineurs, sanctions portées à 3 millions d'euros |
| 25 mai 2018 | Application du RGPD | Règlement directement applicable, sanctions jusqu'à 4 % du chiffre d'affaires mondial |
| 20 juin 2018 et 12 décembre 2018 | Loi et ordonnance d'adaptation | Réécriture de la loi de 1978, majorité numérique à 15 ans, marges nationales |
Confusions fréquentes
- La loi de 1978 n'a pas été abrogée par le RGPD
- Elle a été réécrite en 2018 et reste en vigueur pour les marges de manœuvre nationales et pour les traitements hors du champ du règlement, comme certains fichiers de sûreté.
- La CNIL n'est pas un tribunal
- Autorité administrative, elle prononce des sanctions administratives ; ses décisions se contestent devant le Conseil d'État, et les infractions pénales relèvent du juge judiciaire.
- Le numéro de sécurité sociale reste protégé
- Son usage par les administrations est limité à des finalités listées par décret ; c'est précisément la crainte de 1974 qui a conduit à cette prudence.
La CNIL : statut, missions, pouvoirs
La CNIL est la première autorité administrative indépendante créée en France : elle agit au nom de l'État sans recevoir d'instruction du Gouvernement. Son collège de dix-huit membres comprend des députés et sénateurs, des membres du Conseil d'État, de la Cour de cassation et de la Cour des comptes, cinq personnalités qualifiées, deux membres du Conseil économique, social et environnemental et le président de la Commission d'accès aux documents administratifs ; son président est nommé par décret du Président de la République parmi les membres, et le collège élit deux vice-présidents. Ses missions vont de la pédagogie à la répression : elle informe le public, reçoit les plaintes, plusieurs milliers chaque année, conseille le Parlement et le Gouvernement par des avis obligatoires sur les textes touchant aux données, publie des référentiels et des recommandations, contrôle sur place, sur pièces et en ligne, et sanctionne par sa formation restreinte. Elle coopère avec ses homologues européens au sein du Comité européen de la protection des données, qui tranche par une décision contraignante les désaccords entre autorités sur les dossiers transfrontaliers, notamment ceux des grandes plateformes.
| Pouvoir | Contenu | Exemple |
|---|---|---|
| Avis | Obligatoire sur les projets de loi et décrets créant des traitements publics | Avis sur les fichiers de la DGFiP, sur les traitements de police |
| Contrôle | Sur place, sur convocation, sur pièces, en ligne | Plusieurs centaines de contrôles par an |
| Mise en demeure | Mesure du président demandant de se conformer dans un délai | Publique ou non selon la gravité |
| Sanction | Rappel à l'ordre, injonction sous astreinte, amende jusqu'à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires mondial | Google : 50 millions d'euros en 2019 ; Google et Facebook : 150 et 60 millions le 31 décembre 2021 pour les cookies |
| Autorisation | Pour certains traitements sensibles (santé, biométrie, recherche) | Entrepôts de données de santé |
| Droit d'accès indirect | La CNIL vérifie pour la personne les fichiers de sûreté qu'elle ne peut consulter directement | Fichiers de renseignement |
Une commune qui installe des caméras de vidéoprotection sur la voie publique doit obtenir une autorisation préfectorale ; si elle filme les agents dans leurs bureaux, le traitement relève du RGPD et de la CNIL, qui a déjà sanctionné des employeurs pour surveillance disproportionnée.
Loi, RGPD et administration fiscale
Le RGPD, règlement européen, s'applique directement en France depuis le 25 mai 2018 ; la loi de 1978 réécrite le complète là où il laisse une marge aux États : données de santé, numéro de sécurité sociale, traitements des services de renseignement, âge du consentement autonome fixé à quinze ans pour l'offre directe de services en ligne reposant sur le consentement. L'administration fiscale est un grand utilisateur de données personnelles : déclarations de revenus, FICOBA qui recense les comptes bancaires, FICOVIE (fichier des contrats d'assurance-vie) pour l'assurance-vie, données cadastrales, échanges automatiques avec les autres États. Ces traitements doivent reposer sur une base juridique appropriée ; les formalités d'avis ou d'autorisation de la CNIL dépendent du régime applicable. Ils ne nécessitent pas tous une loi ou un décret pris après avis de la CNIL. Depuis la loi de finances pour 2020, la DGFiP peut, à titre expérimental, collecter des contenus publics des réseaux sociaux et des plateformes en ligne pour détecter certaines fraudes, dans les limites fixées par le Conseil constitutionnel ; la loi de finances pour 2024 a prolongé l'expérimentation de deux ans à compter du décret du 31 décembre 2024 qui en fixe les modalités. Un délégué à la protection des données, obligatoire dans une administration fiscale, veille à la conformité ; les agents qui accèdent à des données sans motif de service commettent une faute.
Pour le QCM, retenir la chaîne : SAFARI 1974, loi 1978, CNIL autorité administrative indépendante, RGPD 2018, amende maximale 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires. La confusion la plus fréquente porte sur la nature de la CNIL : ni ministère, ni tribunal, une autorité indépendante.
Les sigles de la fiche
- CNIL
- Commission nationale de l'informatique et des libertés
- DGFiP
- direction générale des Finances publiques
- FICOBA
- fichier national des comptes bancaires et assimilés
- FICOVIE
- fichier des contrats d'assurance-vie
- RGPD
- règlement général sur la protection des données
- SAFARI
- Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus
Se tester : vrai ou faux ?
Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.La loi Informatique et libertés date du 6 janvier 1978.Voir le corrigé
Vrai
Loi n° 78-17, adoptée après le scandale du projet SAFARI révélé en 1974 ; elle crée la CNIL.
2.La CNIL est une direction du ministère de l'Intérieur.Voir le corrigé
Faux
C'est une autorité administrative indépendante, la première créée en France, qui ne reçoit d'instruction d'aucun ministre.
3.Le projet SAFARI visait à interconnecter les fichiers administratifs grâce au numéro de sécurité sociale.Voir le corrigé
Vrai
Sa révélation par Le Monde en 1974 a suscité la crainte d'un fichage généralisé et conduit à la loi de 1978.
4.Le RGPD a abrogé la loi Informatique et libertés.Voir le corrigé
Faux
La loi a été réécrite en 2018 pour compléter le règlement sur les points laissés aux États ; elle reste en vigueur.
5.La CNIL peut prononcer des amendes allant jusqu'à 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires mondial.Voir le corrigé
Vrai
Ce plafond issu du RGPD s'applique depuis 2018 ; les sanctions sont prononcées par la formation restreinte et contestables devant le Conseil d'État.
6.Les décisions de sanction de la CNIL se contestent devant la Cour de cassation.Voir le corrigé
Faux
La CNIL étant une autorité administrative, ses décisions relèvent du Conseil d'État.
Textes de référence
- Le règlement général sur la protection des données (RGPD) — présentation par la CNIL — CNIL (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Décret n° 2019-919 du 30 août 2019 relatif au développement des compétences numériques (cadre de référence des compétences numériques) — Légifrance (nouvel onglet)
- Sujet zéro 2026 — épreuve de préadmissibilité (QCM) du concours commun de catégorie C — DGFiP — rejoindrelesfinancespubliques.economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Loi Informatique et libertés — archive du 12 octobre 2026 — CNIL, archive Internet Archive (nouvel onglet)
- Règlement (UE) 2016/679 — texte français — Union européenne, Office des publications (nouvel onglet)
Accès DGFiP est un service indépendant : il n’est ni affilié ni validé par la Direction générale des Finances publiques. En cas de doute, le texte officiel fait foi.