Monétaristes et nouveaux classiques : Friedman, Lucas
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Vrai ou faux ?
Selon Friedman, à long terme, une expansion monétaire durable élève le niveau des prix sans élever durablement la production.
Deux vagues de critique du keynésianisme dominant se succèdent après-guerre. Milton Friedman réhabilite la théorie quantitative de la monnaie et fait de l'inflation un phénomène monétaire, avant de proposer un taux de chômage naturel qui ruine l'idée d'un arbitrage permanent avec l'inflation. Robert Lucas et ses successeurs vont plus loin : avec les anticipations rationnelles, ils soutiennent qu'une politique économique annoncée est sans effet réel, et que les fluctuations elles-mêmes peuvent provenir de chocs réels plutôt que monétaires. C'est la matière la plus théorique du programme d'analyse économique ; elle se retient par ses auteurs, ses dates et ses mécanismes d'anticipation.
À retenir
- Milton Friedman restaure la théorie quantitative de la monnaie (« The Quantity Theory of Money: A Restatement », 1956) : à long terme, à vitesse de circulation stable, une hausse durable de la masse monétaire se traduit par une hausse proportionnelle du niveau général des prix, non par une hausse durable de la production.
- Friedman soutient dès 1963 que l'inflation est « toujours et partout un phénomène monétaire » ; dans son discours présidentiel à l'American Economic Association (décembre 1967, publié en 1968), il introduit le taux de chômage naturel : le niveau de chômage compatible avec des anticipations d'inflation correctement réalisées, indépendant de la politique monétaire à long terme.
- La courbe de Phillips originelle (1958) suggère un arbitrage stable entre inflation et chômage ; Friedman et Edmund Phelps (fin des années 1960) montrent que cet arbitrage ne vaut qu'à anticipations d'inflation données : une relance monétaire répétée déplace la courbe de court terme sans abaisser durablement le chômage, qui revient à son niveau naturel une fois les anticipations ajustées.
- Les anticipations adaptatives, retenues par Friedman, forment les prévisions à partir des erreurs passées ; Robert Lucas leur substitue en 1972 les anticipations rationnelles : les agents utilisent toute l'information disponible et le fonctionnement du modèle économique lui-même, sans erreur systématique.
- La critique de Lucas (1976) porte sur l'évaluation économétrique des politiques : les paramètres estimés d'un modèle macroéconomique intègrent les anticipations des agents sous la politique passée, si bien qu'ils changent dès que la politique change ; un modèle estimé sous un régime ne prédit pas fidèlement les effets d'un régime différent.
- Thomas Sargent et Neil Wallace (1975-1976) en tirent la thèse d'inefficacité des politiques anticipées : sous anticipations rationnelles, une politique monétaire systématique et annoncée n'a aucun effet sur la production ou l'emploi ; seule une politique surprise en a un, transitoire.
- Le courant des cycles réels, ouvert par Finn Kydland et Edward Prescott (1982), explique les fluctuations par des chocs de productivité (technologie) propagés par les choix intertemporels des agents, sans recourir à une rigidité des prix ni à un rôle stabilisateur de la politique monétaire.
La théorie quantitative et la neutralité de la monnaie
Milton Friedman restaure en 1956 la théorie quantitative de la monnaie (« The Quantity Theory of Money: A Restatement ») : l'équation des échanges MV = PY relie la masse monétaire (M), la vitesse de circulation de la monnaie (V), le niveau général des prix (P) et la production réelle (Y). À vitesse de circulation stable, la thèse monétariste retient qu'à long terme, une expansion monétaire durable ne se traduit que par une hausse proportionnelle des prix, sans effet durable sur la production réelle, qui dépend de facteurs réels (travail, capital, technologie) : c'est la neutralité de la monnaie à long terme. À court terme, une expansion monétaire non anticipée peut avoir des effets réels transitoires, tant que les agents n'ont pas ajusté leurs anticipations d'inflation.
Si la masse monétaire progresse de 6 % par an, que la vitesse de circulation de la monnaie reste stable et que la production réelle croît de 2 % par an, l'équation quantitative implique, en taux de croissance, %M + %V = %P + %Y, soit 6 % + 0 % = %P + 2 %, donc une inflation d'environ 4 % par an (6 % − 2 %).
| Horizon | Effet sur les prix | Effet sur la production |
|---|---|---|
| Court terme, anticipations non ajustées | Hausse limitée, en partie absorbée par la production | Hausse transitoire possible, portée par la surprise |
| Long terme, anticipations ajustées | Hausse proportionnelle du niveau général des prix | Retour au niveau de production potentiel |
Le taux de chômage naturel et la critique de la courbe de Phillips
| Aspect | Courbe originelle (1958) | Relecture de Friedman et Phelps (fin des années 1960) |
|---|---|---|
| Relation observée | Arbitrage négatif stable entre salaires (ou inflation) et chômage | Arbitrage valable seulement à court terme, à anticipations données |
| Rôle des anticipations | Absent de l'analyse | Central : l'ajustement des anticipations déplace la courbe |
| Forme de long terme | Courbe stable, exploitable par la politique économique | Courbe verticale au taux de chômage naturel |
La courbe de Phillips originelle (1958), établie sur des données britanniques, montre une relation négative entre l'évolution des salaires nominaux et le taux de chômage, lue ensuite comme un arbitrage exploitable entre inflation et chômage. Friedman et Edmund Phelps, indépendamment, à la fin des années 1960, montrent que cet arbitrage ne vaut qu'à anticipations d'inflation données : une relance monétaire surprend d'abord les agents, dont les anticipations d'inflation retardent sur l'inflation réelle, et le chômage baisse temporairement sous son niveau naturel. Une fois les anticipations ajustées à la hausse, ce gain disparaît et le chômage revient à son niveau naturel, à une inflation plus élevée : la courbe de Phillips de court terme se déplace, et la courbe de long terme est verticale au taux de chômage naturel.
Confusions fréquentes
- Chômage naturel n'est pas chômage nul
- Il additionne le chômage frictionnel et le chômage structurel compatibles avec des anticipations d'inflation correctement réalisées ; il n'implique aucun plein emploi keynésien.
- La courbe de Phillips de court terme n'est pas un menu de choix stable
- Elle se déplace dès que les anticipations d'inflation changent ; l'exploiter durablement pour réduire le chômage ne fait, selon la thèse monétariste, qu'accélérer l'inflation.
- Anticipations adaptatives et anticipations rationnelles ne désignent pas le même mécanisme
- Les premières corrigent une erreur déjà commise, en retard ; les secondes intègrent dès l'annonce une politique jugée crédible, sans attendre l'erreur.
Les anticipations rationnelles et la critique de Lucas
Robert Lucas introduit en 1972 l'hypothèse des anticipations rationnelles : les agents forment leurs prévisions en utilisant toute l'information disponible, y compris leur connaissance du fonctionnement de l'économie et des règles de politique économique, si bien qu'ils ne commettent pas d'erreur systématique et prévisible. La critique de Lucas (1976) en tire une conséquence pour l'évaluation économétrique des politiques publiques : les paramètres d'un modèle macroéconomique estimés sur une période reflètent les anticipations formées sous la politique alors en vigueur ; ils ne sont donc pas invariants à un changement de politique, et un modèle estimé sous un régime ne permet pas de prédire fidèlement les effets d'un régime différent. Thomas Sargent et Neil Wallace en déduisent la thèse d'inefficacité des politiques anticipées : sous anticipations rationnelles, seule une politique monétaire surprise, non anticipée par les agents, modifie la production et l'emploi, de façon transitoire ; une politique systématique et annoncée à l'avance est intégrée par les agents avant même de produire effet, et reste sans influence réelle.
Une banque centrale annonce, un an à l'avance, qu'elle augmentera la masse monétaire de 5 % pour soutenir l'activité. Sous anticipations rationnelles, les agents intègrent cette annonce dans leurs contrats de salaire et leurs prix avant même son exécution : au moment où la mesure est appliquée, elle ne fait qu'ajuster les prix, sans modifier la production ni l'emploi.
Pour distinguer anticipations adaptatives et anticipations rationnelles : la première ne regarde que le passé, elle corrige une erreur déjà commise ; la seconde regarde aussi l'avenir annoncé, elle intègre une politique dès qu'elle est connue et crédible. Une politique surprise garde un effet dans les deux cas ; seule une politique anticipée perd son effet sous anticipations rationnelles.
Les cycles réels : une macroéconomie sans politique de stabilisation
Le courant des cycles réels, initié par Finn Kydland et Edward Prescott (« Time to Build and Aggregate Fluctuations », 1982), explique les fluctuations économiques par des chocs de productivité (technologie), qui modifient la quantité produite pour une même quantité de travail et de capital. Les agents, rationnels et parfaitement informés, réagissent à ces chocs par des choix intertemporels : ils substituent du travail et de l'épargne présents à du travail et de la consommation futurs, selon que la productivité est momentanément élevée ou non. Le cycle observé résulte ainsi d'ajustements individuels optimaux à des chocs réels, non d'un déséquilibre de la demande ni d'une erreur de politique monétaire ; il n'y a donc, dans ce cadre, aucun rôle stabilisateur à attendre d'une politique conjoncturelle.
| Courant | Cause principale des fluctuations | Rôle de la politique économique |
|---|---|---|
| Keynésien | Insuffisance de la demande effective | Stabilisation active, budgétaire et monétaire |
| Monétariste (Friedman) | Chocs monétaires mal anticipés, erreurs de politique | Règle monétaire simple, pas de pilotage conjoncturel |
| Cycles réels (Kydland-Prescott) | Chocs de productivité (technologie) | Sans effet réel, potentiellement nuisible à l'ajustement |
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1.Selon Friedman, à long terme, une expansion monétaire durable élève le niveau des prix sans élever durablement la production.Voir le corrigé
Vrai
La théorie quantitative retient la neutralité de la monnaie à long terme : seuls les facteurs réels déterminent la production potentielle.
2.La courbe de Phillips originelle de 1958 établit un arbitrage stable et permanent entre inflation et chômage, valable à long terme.Voir le corrigé
Faux
Friedman et Phelps montrent que cet arbitrage ne vaut qu'à court terme, à anticipations d'inflation données ; à long terme la courbe est verticale.
3.Le taux de chômage naturel est le niveau de chômage compatible avec des anticipations d'inflation correctement réalisées.Voir le corrigé
Vrai
C'est la définition retenue par Friedman (1968) et Phelps ; il additionne chômage frictionnel et chômage structurel.
4.Corriger chaque prévision d'une partie de l'erreur commise à la période précédente : tel est le principe des anticipations rationnelles.Voir le corrigé
Faux
Ce mécanisme décrit les anticipations adaptatives ; les anticipations rationnelles de Lucas utilisent toute l'information disponible, y compris sur la politique menée.
5.La critique de Lucas soutient que les paramètres d'un modèle économétrique changent avec la politique économique elle-même.Voir le corrigé
Vrai
Les paramètres estimés intègrent les anticipations formées sous le régime de politique passé ; ils ne sont pas invariants à un changement de régime.
6.Selon Sargent et Wallace, une politique monétaire systématique et annoncée à l'avance modifie durablement la production.Voir le corrigé
Faux
Sous anticipations rationnelles, seule une politique surprise a un effet réel, transitoire ; une politique anticipée est intégrée avant même son application.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
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