Monnaie et financement de l'économie
14 min de lectureAu programme du concours de contrôleur et du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Vrai ou faux ?
La monnaie scripturale représente aujourd'hui la part la plus élevée de la masse monétaire.
La monnaie n'est pas qu'un moyen de payer : c'est ce qui rend les échanges possibles, et sa création par le crédit bancaire est l'un des mécanismes les plus mal compris de l'économie — les banques ne prêtent pas l'épargne qu'on leur confie, elles créent une monnaie nouvelle à chaque crédit accordé. Comprendre comment une économie se finance, directement par les marchés ou indirectement par les banques, complète cette question du programme de l'option.
À retenir
- Trois fonctions de la monnaie : unité de compte (mesurer la valeur des biens), intermédiaire des échanges (éviter le troc), réserve de valeur (conserver un pouvoir d'achat dans le temps).
- Deux formes principales : la monnaie fiduciaire (billets et pièces) et la monnaie scripturale (dépôts à vue mobilisables par chèque, carte ou virement), très majoritaire dans la masse monétaire.
- Agrégats monétaires : M1 (monnaie fiduciaire et dépôts à vue), M2 (M1 plus les dépôts rémunérés jugés liquides : livrets d'épargne, dépôts à terme jusqu'à deux ans), M3 (M2 plus d'autres placements liquides à court terme), classés par degré de liquidité décroissant.
- Création monétaire : quand une banque accorde un crédit, elle crédite le compte de l'emprunteur d'une monnaie nouvelle, sans puiser dans une épargne préexistante ; c'est la formule « les crédits font les dépôts ». La monnaie ainsi créée est détruite lors du remboursement.
- Financement indirect (intermédiation bancaire, par le crédit) et financement direct (émission d'actions ou d'obligations sur les marchés financiers) sont les deux voies de financement de l'économie ; l'autofinancement, à partir des bénéfices non distribués, reste la première source de financement des entreprises.
- Rôle de la banque centrale : elle fournit la monnaie centrale (billets et réserves des banques), refinance les banques commerciales et fixe des taux directeurs qui influencent le coût du crédit dans toute l'économie.
- Taux d'intérêt réel : taux d'intérêt nominal diminué de l'inflation ; c'est lui qui mesure le coût réel d'un emprunt ou le rendement réel d'une épargne.
Fonctions, formes et agrégats de la monnaie
| Fonction | Ce qu'elle permet |
|---|---|
| Unité de compte | Exprimer la valeur de tous les biens dans une même unité, sans multiplier les prix relatifs |
| Intermédiaire des échanges | Acheter et vendre sans dépendre d'une double coïncidence des besoins, comme dans le troc |
| Réserve de valeur | Conserver un pouvoir d'achat pour une dépense future, à condition que l'inflation reste maîtrisée |
La monnaie fiduciaire (billets et pièces) repose sur la confiance dans l'institution qui l'émet, la banque centrale. La monnaie scripturale, inscrite sur les comptes bancaires et mobilisable par chèque, carte ou virement, représente aujourd'hui la part la plus élevée de la masse monétaire. Les agrégats monétaires classent les actifs selon leur liquidité, c'est-à-dire la facilité à les transformer en moyen de paiement immédiat sans perte de valeur : M1 regroupe la monnaie fiduciaire et les dépôts à vue, les plus liquides ; M2 y ajoute les dépôts rémunérés facilement mobilisables, livrets d'épargne (livret A, livret de développement durable et solidaire…) et dépôts à terme jusqu'à deux ans ; M3 inclut d'autres placements liquides à court terme.
Un salaire versé sur un compte bancaire est de la monnaie scripturale ; il devient monnaie fiduciaire au moment d'un retrait au distributeur, sans que la quantité totale de monnaie détenue ne change.
La création monétaire par le crédit bancaire
Contrairement à une idée répandue, une banque ne prête pas l'épargne que d'autres clients lui ont confiée : quand elle accorde un crédit, elle crée une monnaie scripturale nouvelle en créditant le compte de l'emprunteur, par une simple écriture comptable. C'est la formule résumée par « les crédits font les dépôts » : le crédit précède le dépôt, il ne le suppose pas. Cette monnaie créée circule ensuite dans l'économie comme n'importe quelle autre, et elle est détruite au fur et à mesure du remboursement du crédit : rembourser un emprunt annule la monnaie qui avait été créée lors de son octroi.
| Opération | Effet sur la masse monétaire |
|---|---|
| Octroi d'un crédit | Création de monnaie scripturale, créditée sur le compte de l'emprunteur |
| Remboursement du crédit | Destruction de la monnaie scripturale correspondante |
| Retrait d'espèces | Conversion de monnaie scripturale en monnaie fiduciaire, sans création ni destruction nette |
Confusions fréquentes
- Une banque ne prête pas l'épargne de ses clients
- La formule « les crédits font les dépôts » inverse l'intuition courante : le crédit crée le dépôt, il ne le suppose pas comme une épargne préexistante qui serait simplement redistribuée.
- La création monétaire n'est pas illimitée
- Chaque banque doit se refinancer auprès de la banque centrale et respecter des réserves obligatoires ; le coût de ce refinancement, lié aux taux directeurs, limite la capacité des banques à accorder de nouveaux crédits.
Financer l'économie : direct, indirect, autofinancement
| Voie | Mécanisme | Exemple |
|---|---|---|
| Financement direct | L'agent qui a besoin de fonds émet des titres achetés directement par des investisseurs sur un marché financier | Émission d'actions ou d'obligations d'entreprise |
| Financement indirect | Une banque s'interpose entre l'épargnant et l'emprunteur : c'est l'intermédiation bancaire | Crédit bancaire accordé à une entreprise ou à un ménage |
Avant tout financement externe, la première source de financement des entreprises reste l'autofinancement : les bénéfices non distribués aux actionnaires sont réinvestis dans l'activité. Quand l'autofinancement ne suffit pas, l'entreprise recourt au financement externe, direct ou indirect. Le financement direct met l'épargnant et l'emprunteur en relation sur un marché financier, sans intermédiaire qui porte le risque ; le financement indirect fait porter ce risque à la banque, qui collecte des dépôts et accorde des crédits. Les petites entreprises, qui n'ont pas accès aux marchés financiers, dépendent presque exclusivement du crédit bancaire.
Une grande entreprise cotée émet une obligation achetée par des investisseurs institutionnels : c'est un financement direct. Une entreprise artisanale contracte un prêt auprès de sa banque pour acheter un local : c'est un financement indirect.
La banque centrale et le taux d'intérêt réel
La banque centrale émet la monnaie centrale : les billets et les réserves que les banques commerciales détiennent auprès d'elle. Lorsqu'une banque manque de monnaie centrale pour honorer ses obligations, elle se refinance auprès de la banque centrale, à un coût fixé par les taux directeurs. Une hausse des taux directeurs renchérit ce refinancement, ce que les banques répercutent en partie sur le coût des crédits qu'elles accordent aux ménages et aux entreprises ; une baisse produit l'effet inverse. Le taux d'intérêt réel, obtenu en retranchant l'inflation du taux d'intérêt nominal, mesure le coût réel d'un emprunt ou le rendement réel d'une épargne : un taux nominal de 4 % avec une inflation de 2 % laisse un taux réel d'environ 2 %.
Pour une question sur la monnaie, distinguer systématiquement trois niveaux : les fonctions et formes de la monnaie, le mécanisme de création par le crédit bancaire, et les voies de financement de l'économie. Confondre création monétaire et politique monétaire est une erreur classique.
Se tester : vrai ou faux ?
Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.La monnaie scripturale représente aujourd'hui la part la plus élevée de la masse monétaire.Voir le corrigé
Vrai
Les dépôts à vue mobilisables par chèque, carte ou virement dominent très largement sur les billets et les pièces.
2.L'octroi d'un crédit par une banque commerciale détruit de la monnaie scripturale.Voir le corrigé
Faux
C'est l'inverse : « les crédits font les dépôts », la banque crée une monnaie nouvelle en accordant le crédit ; c'est son remboursement qui la détruit.
3.Le remboursement d'un crédit détruit la monnaie scripturale créée lors de son octroi.Voir le corrigé
Vrai
La monnaie créée au moment du crédit disparaît au fur et à mesure du remboursement.
4.L'autofinancement, à partir des bénéfices non distribués, est une forme de financement externe des entreprises.Voir le corrigé
Faux
L'autofinancement est une ressource interne à l'entreprise ; le financement externe recouvre le financement direct et le financement indirect.
5.Une hausse des taux directeurs de la banque centrale tend à renchérir le coût du crédit bancaire.Voir le corrigé
Vrai
Le refinancement des banques auprès de la banque centrale coûte plus cher, ce qu'elles répercutent en partie sur les crédits accordés.
6.Le taux d'intérêt réel s'obtient en ajoutant l'inflation au taux d'intérêt nominal.Voir le corrigé
Faux
Il s'obtient en la retranchant : taux réel égale taux nominal moins inflation.
Textes de référence
- Programme de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe de contrôleur des finances publiques (QCM et cinq options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Insee — statistiques et chiffres clés (population, emploi, prix) — Insee (nouvel onglet)
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
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