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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Définition, types, approches et transformation des partis politiques

16 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Max Weber définit le parti comme une association visant à procurer le pouvoir à ses dirigeants et des chances à ses militants.

Un parti politique se reconnaît à quelques critères précis, que Weber puis La Palombara et Weiner ont formulés pour le distinguer d'un simple groupe de pression ou d'un comité électoral éphémère. Depuis un siècle, sa forme a changé : du parti de notables au parti de masse, puis à l'attrape-tout et au parti cartel, chaque étape déplace la source de son pouvoir et de son financement. En France, la loi encadre ce financement pendant que le nombre d'adhérents recule, ce qui nourrit l'apparition de mouvements plus horizontaux. La notion précise ces définitions, cette typologie et leur actualité.

À retenir

  • Max Weber (Économie et société, ouvrage posthume, chapitre sur les types de domination) définit le parti comme une association reposant sur un recrutement formellement libre, dont le but est de procurer à ses dirigeants le pouvoir au sein d'un groupement et à ses militants des chances de servir les fins qu'ils poursuivent.
  • Joseph La Palombara et Myron Weiner (1966) posent quatre critères cumulatifs : une organisation durable, des ramifications locales en lien stable avec l'échelon national, la volonté d'exercer le pouvoir seul ou en coalition, et la recherche d'un soutien populaire par des élections.
  • Maurice Duverger distingue le parti de cadres, structure légère réunissant des notables influents autour d'une élection, du parti de masse, organisation à adhésion nombreuse, cotisante et disciplinée, née avec les partis ouvriers de la fin du dix-neuvième siècle.
  • Otto Kirchheimer (1966) décrit le parti attrape-tout (catch-all party) : un parti qui dilue son ancrage idéologique et social pour élargir son électorat au-delà de sa base historique.
  • Richard Katz et Peter Mair (1995) théorisent le parti cartel : les partis de gouvernement s'appuient sur le financement et les ressources de l'État plutôt que sur leurs seuls adhérents, et se rapprochent entre eux au détriment des partis contestataires.
  • Robert Michels (Zur Soziologie des Parteiwesens, 1911, traduit en français sous le titre Les Partis politiques) formule la loi d'airain de l'oligarchie : toute organisation, même démocratique dans son principe, tend à concentrer le pouvoir réel dans les mains d'une minorité dirigeante permanente.
  • En France, la loi du 11 mars 1988 puis celles de 1990 et 1995 encadrent le financement des partis par une aide publique proportionnelle aux suffrages obtenus, un plafonnement des dons et, depuis la loi du 19 janvier 1995, l'interdiction du financement par une personne morale ; le nombre d'adhérents recule depuis les années 1980 (en France comme au Royaume-Uni et en Italie, les partis ont perdu de 1 à 1,5 million d'adhérents en trois décennies (Ingrid van Biezen, Peter Mair et Thomas Poguntke, 2012)) au profit de mouvements plus horizontaux, comme La République en Marche en 2016.

Définir un parti : Weber, La Palombara et Weiner

Les quatre critères de La Palombara et Weiner (1966)
CritèreContenu
Organisation durableUne espérance de vie qui dépasse celle de ses dirigeants du moment
Ramifications localesDes structures locales en communication régulière avec l'échelon national
Volonté d'exercer le pouvoirSeul ou en coalition, à la différence d'un groupe qui se borne à influencer
Recherche d'un soutien populairePrésentation de candidats à des élections, recherche de suffrages

Max Weber fait de la conquête du pouvoir le ressort du parti : une association qui repose sur un recrutement libre, et dont l'objet est de procurer à ses dirigeants le pouvoir au sein d'un groupement, à ses militants des chances de servir les fins qu'ils poursuivent. La Palombara et Weiner traduisent cette intuition en quatre critères vérifiables, qui permettent de trancher des cas limites : un comité de soutien formé pour une seule élection ne satisfait pas le critère d'organisation durable ; un syndicat professionnel, aussi puissant soit-il, ne présente pas de candidats et ne recherche donc pas directement un soutien populaire électoral.

Une fédération professionnelle mène campagne pour obtenir une réforme réglementaire, sans jamais présenter de candidats ; un parti reprend une revendication voisine, mais dans le but déclaré de gouverner.

Le critère décisif est la volonté d'exercer le pouvoir : influencer une décision ne suffit pas à faire d'une organisation un parti.

Types et transformations : cadres, masse, attrape-tout, cartel

Quatre formats de parti, quatre sources de pouvoir
TypeBase socialeRessource principale
Parti de cadres (Duverger)Notables influents, peu nombreuxFortune, réseau et prestige personnels
Parti de masse (Duverger)Adhérents nombreux, cotisants, disciplinésCotisations et militantisme de terrain
Parti attrape-tout (Kirchheimer, 1966)Électorat élargi, au-delà de la base historiqueCommunication et personnalisation du chef
Parti cartel (Katz et Mair, 1995)Adhérents en recul, élus et permanentsFinancement et ressources publiques

Ce déplacement progressif du pouvoir, de la base militante vers un sommet institutionnalisé, rejoint un constat plus ancien : la loi d'airain de l'oligarchie, formulée par Robert Michels en 1911, selon laquelle toute organisation, même fondée sur des principes démocratiques, tend à concentrer le pouvoir réel dans les mains d'une minorité dirigeante permanente, faute de temps, de compétence technique ou d'information suffisamment partagés par l'ensemble des adhérents. Le parti cartel de Katz et Mair pousse cette logique à son terme : les partis de gouvernement se rapprochent entre eux, au détriment des partis contestataires, et puisent leurs ressources dans l'appareil de l'État plutôt que dans une base militante devenue secondaire.

Confusions fréquentes

Attrape-tout et cartel ne décrivent pas le même phénomène
L'attrape-tout dilue l'ancrage idéologique pour élargir l'électorat ; le cartel décrit en plus une dépendance aux ressources de l'État et un rapprochement entre partis de gouvernement.
La loi d'airain n'est pas un jugement moral
Elle décrit une tendance organisationnelle observée dans des structures très diverses, syndicats compris, pas une accusation portée contre un parti en particulier.

Financement public et transformations récentes en France

Le cadre du financement des partis en France
ÉlémentContenu
Loi du 11 mars 1988Création du financement public des partis, réparti aujourd'hui en deux fractions : l'une selon les résultats aux élections législatives, l'autre selon le nombre de parlementaires
Loi du 15 janvier 1990Plafonnement des dons privés et des dépenses électorales
Loi du 19 janvier 1995Interdiction du financement par une personne morale autre qu'un parti
Condition de l'aidePrésentation d'un nombre suffisant de candidats aux élections législatives

Ce cadre juridique accompagne une transformation sociologique plus profonde : le nombre d'adhérents des grands partis connaît un déclin sensible depuis les années 1980 (en France comme au Royaume-Uni et en Italie, les partis ont perdu de 1 à 1,5 million d'adhérents en trois décennies (Ingrid van Biezen, Peter Mair et Thomas Poguntke, 2012)), au profit d'un militantisme plus ponctuel et distancié. De nouveaux mouvements, plus horizontaux et moins structurés en sections locales permanentes, ont cherché à occuper cet espace ; La République en Marche, lancée en 2016, en est l'exemple le plus commenté, avant que d'autres formations reprennent des traits comparables, comités locaux ouverts, adhésion en ligne, discipline de vote moins contraignante.

Pour une QRC sur ce sujet, faire tenir en une phrase chaque étape (définition, typologie, cas français) avant de développer : c'est ce qui évite de mélanger un critère analytique avec un exemple historique.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Max Weber définit le parti comme une association visant à procurer le pouvoir à ses dirigeants et des chances à ses militants.Voir le corrigé

    Vrai

    Cette définition, tirée d'Économie et société, fait de la conquête du pouvoir le ressort central du parti.

  2. 2.La Palombara et Weiner posent deux critères cumulatifs pour reconnaître un parti politique.Voir le corrigé

    Faux

    Ils en posent quatre : organisation durable, ramifications locales, volonté d'exercer le pouvoir, recherche d'un soutien populaire.

  3. 3.Le parti de masse est né avec les partis ouvriers de la fin du dix-neuvième siècle.Voir le corrigé

    Vrai

    Il recherche une adhésion nombreuse, cotisante et disciplinée, à la différence du parti de cadres, réuni autour de notables.

  4. 4.Le parti attrape-tout décrit par Kirchheimer s'appuie sur le financement et les ressources de l'État plutôt que sur ses adhérents.Voir le corrigé

    Faux

    Cette description est celle du parti cartel (Katz et Mair, 1995). Le parti attrape-tout dilue son ancrage idéologique et social pour élargir son électorat au-delà de sa base historique.

  5. 5.La loi d'airain de l'oligarchie, formulée par Robert Michels en 1911, décrit la concentration du pouvoir dans une minorité dirigeante permanente.Voir le corrigé

    Vrai

    Elle s'applique à toute organisation, même démocratique dans son principe, faute de temps et d'information partagés par la base.

  6. 6.La première fraction de l'aide publique aux partis est répartie selon le nombre de parlementaires rattachés à chaque parti.Voir le corrigé

    Faux

    C'est la seconde fraction qui suit le nombre de parlementaires rattachés. La première est répartie selon les voix obtenues aux élections législatives par les candidats du parti, à condition d'en avoir présenté un nombre suffisant.

Textes de référence

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