Théorie générale : l'État et ses formes, la Constitution et sa révision, la hiérarchie des normes, la séparation des pouvoirs, la souveraineté, le suffrage et les modes de scrutin
22 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
Testez-vous · sans compte
Vrai ou faux ?
La souveraineté est l'un des trois éléments constitutifs de l'État, avec la population et le territoire.
Avant d'étudier la Ve République, le programme de l'option demande les notions qui permettent de la situer : ce qu'est un État et quelles formes il prend, ce qu'est une Constitution et comment on la révise, comment s'ordonnent les normes, ce que signifie la séparation des pouvoirs, qui est souverain et comment le peuple s'exprime par le suffrage. Le sujet zéro de l'option interrogeait la révision de la Constitution. Cette fiche relie chaque notion théorique à son application française, parce que c'est ce que la copie doit faire.
À retenir
- L'État réunit trois éléments : une population, un territoire, une puissance publique souveraine qui ne dépend d'aucune autre. Il est unitaire (centralisé, déconcentré ou décentralisé — la France a une « organisation décentralisée » depuis 2003, article 1er), régional (Italie, Espagne) ou fédéral (Allemagne, États-Unis) ; la confédération est une association d'États fondée sur un traité.
- La Constitution est la norme suprême : au sens matériel, les règles d'organisation du pouvoir et les droits garantis ; au sens formel, le texte adopté et révisé selon une procédure renforcée, qui la rend rigide. La Constitution de 1958 a été révisée vingt-cinq fois, la dernière par la loi constitutionnelle du 8 mars 2024 sur la liberté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse.
- Révision (article 89) : initiative du Président sur proposition du Premier ministre ou des parlementaires ; vote du texte en termes identiques par les deux assemblées ; approbation par référendum, ou par le Congrès aux trois cinquièmes des suffrages exprimés pour un projet. Limites : pas de révision lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire, ni de la forme républicaine du Gouvernement.
- Hiérarchie des normes (Kelsen) : bloc de constitutionnalité (Constitution, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l'environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, décision du 16 juillet 1971), traités (article 55), lois, règlements (articles 21 et 37).
- Séparation des pouvoirs (Montesquieu, 1748 ; article 16 de la Déclaration de 1789) : régime présidentiel à séparation stricte (États-Unis), régime parlementaire à collaboration, fondé sur la responsabilité du Gouvernement et la dissolution (Royaume-Uni) ; la Ve République est un parlementarisme rationalisé à forte prééminence présidentielle, parfois dit semi-présidentiel.
- Souveraineté : nationale (Sieyès, représentation, mandat représentatif) ou populaire (Rousseau, démocratie directe) ; l'article 3 fait la synthèse — elle appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum — et l'article 27 déclare nul tout mandat impératif.
- Suffrage universel, égal et secret, direct ou indirect ; scrutins majoritaire (présidentielle, législatives, départementales), proportionnel (européennes, liste nationale, seuil de 5 %), mixte à prime majoritaire (municipales, régionales) ; depuis mars 2026, le scrutin de liste s'applique dans toutes les communes (loi du 21 mai 2025).
L'État : éléments constitutifs et formes
| Forme | Traits | Exemples |
|---|---|---|
| Unitaire centralisé | Un seul centre d'impulsion politique et administrative | France sous le Consulat et le Premier Empire |
| Unitaire décentralisé | Un seul pouvoir législatif ; des collectivités élues s'administrent librement | France (« organisation décentralisée », article 1er depuis 2003) |
| Régional | Régions dotées d'un pouvoir normatif étendu, parfois législatif, dans un État unitaire | Italie, Espagne |
| Fédéral | Superposition d'ordres juridiques, autonomie des États fédérés et participation à l'État fédéral | Allemagne, États-Unis |
| Confédération | Association d'États souverains fondée sur un traité, décisions à l'unanimité | Confédération américaine de 1781 |
L'État se définit par trois éléments : une population, un territoire délimité par des frontières, et une puissance publique souveraine, c'est-à-dire qui ne connaît pas de pouvoir supérieur dans l'ordre interne et qui est indépendante dans l'ordre international. Carré de Malberg y voyait la personnification juridique de la nation. Doté de la personnalité morale, l'État est titulaire de droits et d'obligations et survit aux changements de gouvernants. La distinction de l'État unitaire et de l'État fédéral tient à la superposition, ou non, de plusieurs ordres constitutionnels ; l'État fédéral repose sur l'autonomie des États fédérés et sur leur participation aux décisions fédérales, généralement par une seconde chambre.
La Constitution, sa révision et la hiérarchie des normes
Une Constitution rigide ne se révise que selon une procédure plus exigeante que celle des lois. Sous la Ve République, l'article 89 en est la voie normale : l'initiative appartient au Président de la République, sur proposition du Premier ministre, et aux membres du Parlement ; le texte doit être voté en termes identiques par les deux assemblées ; il est ensuite approuvé par référendum, sauf si le Président décide de soumettre un projet au Congrès, qui l'adopte à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés — une proposition d'origine parlementaire passe obligatoirement par le référendum. La révision est interdite lorsqu'il est porté atteinte à l'intégrité du territoire, et la forme républicaine du Gouvernement ne peut en faire l'objet ; le Conseil constitutionnel rappelle que les articles 7 et 16 excluent aussi toute révision pendant la vacance de la présidence, l'empêchement définitif jusqu'à l'élection du successeur, et pendant l'exercice des pouvoirs exceptionnels (décision n° 92-312 DC du 2 septembre 1992). En 1962, le général de Gaulle a utilisé l'article 11 pour faire adopter l'élection du Président au suffrage universel direct, usage contesté mais validé par le peuple ; en 1969, le référendum sur la régionalisation et le Sénat a échoué. Le Conseil constitutionnel refuse de contrôler une loi constitutionnelle, expression du pouvoir constituant (décision du 26 mars 2003). Le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie, adopté par le Sénat en février 2026, a été rejeté par l'Assemblée nationale le 2 avril 2026 : sans vote conforme des deux assemblées, pas de révision.
| Niveau | Normes | Juge du respect |
|---|---|---|
| Bloc de constitutionnalité | Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l'environnement de 2004, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République | Conseil constitutionnel (depuis la décision Liberté d'association du 16 juillet 1971) |
| Normes internationales | Traités régulièrement ratifiés (article 55), droit de l'Union | Juges ordinaires (Jacques Vabre, 1975 ; Nicolo, 1989) |
| Loi | Lois organiques, puis lois ordinaires, ordonnances ratifiées | Conseil constitutionnel ; juges ordinaires pour la conventionnalité |
| Règlement | Décrets autonomes (article 37) ou d'application (article 21), arrêtés | Juge administratif |
Confusions fréquentes
- Le traité n'est pas au-dessus de la Constitution dans l'ordre interne
- Un traité contraire à la Constitution ne peut être ratifié qu'après révision (article 54), et le Conseil d'État maintient la Constitution au sommet de l'ordre interne (Sarran, 1998).
Séparation des pouvoirs, souveraineté et suffrage
Montesquieu, dans De l'esprit des lois (1748), veut que « le pouvoir arrête le pouvoir » : les fonctions législative, exécutive et judiciaire doivent être confiées à des organes distincts. L'article 16 de la Déclaration de 1789 en fait une condition de l'existence même d'une Constitution. Le régime présidentiel organise une séparation stricte : l'exécutif, élu, n'est pas responsable devant le Parlement et ne peut le dissoudre. Le régime parlementaire organise une séparation souple : le Gouvernement est responsable devant l'assemblée, qui peut le renverser, et l'exécutif peut dissoudre. La Ve République combine un Président élu au suffrage universel direct, doté de pouvoirs propres, et un Gouvernement responsable devant l'Assemblée nationale : un parlementarisme rationalisé, que Maurice Duverger qualifiait de semi-présidentiel. La souveraineté nationale, théorisée par Sieyès, appartient à la nation, être abstrait qui s'exprime par des représentants libres de leur mandat ; la souveraineté populaire, héritée de Rousseau, appartient aux citoyens et appelle la démocratie directe. L'article 3 de la Constitution concilie les deux : le peuple exerce la souveraineté par ses représentants et par le référendum (articles 11, 89, 88-5), y compris, depuis 2008, un référendum d'initiative partagée.
| Élection | Mode de scrutin |
|---|---|
| Présidentielle | Majoritaire uninominal à deux tours, au suffrage universel direct ; majorité absolue des suffrages exprimés |
| Législatives | Majoritaire uninominal à deux tours par circonscription ; maintien à partir de 12,5 % des inscrits ; les deux premiers peuvent se présenter si moins de deux candidats atteignent ce seuil |
| Sénatoriales | Suffrage indirect ; majoritaire là où l'on élit un ou deux sénateurs, proportionnel à partir de trois |
| Européennes | Proportionnel de liste dans une circonscription nationale unique ; seuil de 5 % |
| Régionales, municipales | Scrutin de liste à deux tours : prime d'un quart aux régionales ; aux municipales, moitié en droit commun, quart au conseil de Paris et aux conseils municipaux de Lyon et Marseille depuis 2026 ; toutes les communes votent par liste depuis mars 2026 |
| Départementales | Binôme paritaire, majoritaire à deux tours, depuis 2015 |
Pour apprécier un mode de scrutin, dire ce qu'il produit : le majoritaire dégage des majorités et favorise la bipolarisation, la proportionnelle représente fidèlement mais fragmente, la prime majoritaire tente de concilier les deux. Les « lois » de Duverger résument ces tendances sans les ériger en fatalité.
Se tester : vrai ou faux ?
Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.La souveraineté est l'un des trois éléments constitutifs de l'État, avec la population et le territoire.Voir le corrigé
Vrai
La puissance publique souveraine, qui ne dépend d'aucun pouvoir supérieur, distingue l'État des collectivités qui le composent.
2.Une proposition de révision d'origine parlementaire peut être adoptée par le Congrès sans référendum.Voir le corrigé
Faux
Seul un projet, d'origine présidentielle, peut être soumis au Congrès ; une proposition doit être approuvée par référendum après son vote en termes identiques.
3.Le Conseil constitutionnel contrôle la conformité des lois constitutionnelles à la Constitution.Voir le corrigé
Faux
Il s'y refuse : une loi constitutionnelle exprime le pouvoir constituant (décision du 26 mars 2003).
4.Dans un régime parlementaire, le Gouvernement est responsable devant l'assemblée élue.Voir le corrigé
Vrai
C'est le critère de ce régime, avec le droit de dissolution de l'exécutif ; le régime présidentiel les ignore tous deux.
5.Depuis mars 2026, les conseillers municipaux de toutes les communes sont élus au scrutin de liste.Voir le corrigé
Vrai
La loi du 21 mai 2025 a étendu le scrutin de liste aux communes de moins de 1 000 habitants, qui votaient auparavant au scrutin plurinominal avec panachage.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Constitution du 4 octobre 1958 (texte consolidé) — Légifrance (nouvel onglet)
- Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 — Légifrance (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Constitution du 4 octobre 1958 — texte consolidé publié par l’Assemblée nationale — Assemblée nationale (nouvel onglet)
- Cinquantenaire du Conseil constitutionnel — déclaration du 3 novembre 2008 — Présidence de la République (nouvel onglet)
- Réponse du ministre de l’Intérieur — maintien au second tour des législatives — Assemblée nationale / ministère de l’Intérieur (nouvel onglet)
- Décentralisation communale avant 1982 — loi municipale de 1884 — Sénat (nouvel onglet)
- Élections municipales 2026 : harmonisation et régimes PLM — Ministère de l’Intérieur (nouvel onglet)
- Charles de Gaulle — réforme de 1962 et première application en 1965 — Présidence de la République (nouvel onglet)
- Rapport n° 615 : effets du scrutin et absence de majorité en 2022 — Assemblée nationale (nouvel onglet)
- Sujet zéro de l’option droit public : maire et révision constitutionnelle — DGFiP, ENFiP (nouvel onglet)
Accès DGFiP est un service indépendant : il n’est ni affilié ni validé par la Direction générale des Finances publiques. En cas de doute, le texte officiel fait foi.