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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Causes, dénouements et thématique du Moyen Âge à l'époque contemporaine

15 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Le philtre bu par erreur rend l'amour de Tristan et Iseut fatal et adultère.

Du philtre de Tristan et Iseut aux rapports de force du théâtre contemporain, les obstacles à l'amour prennent des sens différents. Ce parcours compare causes et dénouements à plusieurs époques : destin, contraintes sociales et conflits intérieurs peuvent se combiner ; leur succession dans les exemples ne forme pas une loi générale de l'histoire littéraire.

À retenir

  • L'amour courtois médiéval fait de l'amour un service quasi religieux souvent voué à rester inaccompli ; Tristan et Iseut, légende du XIIe siècle, en radicalise le motif avec un philtre qui rend l'amour fatal et adultère.
  • Roméo et Juliette (publiée en 1597) associe rivalité familiale et malentendu tragique : croyant Juliette morte, Roméo s'empoisonne ; réveillée auprès de lui, Juliette se poignarde. Les suicides sont délibérés, mais provoqués par une erreur sur la mort de Juliette.
  • Diderot théorise au XVIIIe siècle un « genre sérieux », que l'on appellera drame bourgeois (Le Fils naturel, 1757 ; Le Père de famille, 1758) : l'obstacle se déplace vers la condition sociale et le secret de famille, dans un cadre domestique et non plus royal.
  • Certains drames du XXe siècle privilégient le conflit intérieur : chez Anouilh, Antigone préfère mourir plutôt que transiger avec Créon, sacrifiant son amour pour Hémon à un devoir moral ; chez Claudel, Partage de midi (écrit en 1905) interroge le lien entre passion adultère, faute et amour spirituel jusqu'aux retrouvailles finales des amants face à la mort.
  • Les causes de l'amour contrarié se regroupent en quelques types récurrents : rivalité familiale, devoir (féodal, politique ou moral), différence de rang ou de condition, ordre religieux, argent, guerre, jalousie.
  • Les dénouements se répartissent entre la mort des amants, le renoncement volontaire, la séparation durable et le mariage, issue ordinaire de la comédie, que partage le drame bourgeois (Le Père de famille s'achève sur deux mariages), sans être exclue de toute tragédie : Cinna finit par une union autorisée.
  • Le parcours met en regard fatalité surnaturelle, obstacles sociaux et conflits intérieurs. Ces dimensions coexistent : Tristan doit fidélité à Marc, tandis que Roméo et Juliette associe rivalité familiale et imaginaire du destin.

Du Moyen Âge à la Renaissance : fatalité et rivalité

L'amour courtois, code aristocratique élaboré dans la lyrique occitane du XIIe siècle, fait de l'amour un service rendu à une dame le plus souvent inaccessible, mariée ou de rang supérieur : l'inaccomplissement fait partie du code même, plus que l'union. La légende de Tristan et Iseut, mise en roman au XIIe siècle par Béroul et Thomas, radicalise ce motif : Tristan conduit Iseut vers le roi Marc, son oncle et seigneur, qu'elle doit épouser, mais les deux boivent par erreur un philtre destiné aux époux, et leur passion, désormais irrépressible, devient à la fois fatale et adultère.

Tristan, blessé, appelle Iseut la Blonde, seule capable de le guérir ; un mensonge sur la couleur de la voile qui doit annoncer son arrivée le fait mourir de désespoir avant qu'elle ne le rejoigne, et elle meurt à son tour sur son corps.

Un dénouement par la mort scellé par un malentendu, motif que l'on retrouve chez Shakespeare plus de quatre siècles après les romans de Béroul et de Thomas.

Roméo et Juliette, pièce de Shakespeare publiée en 1597, oppose les Montaigu et les Capulet ; secrètement mariés, les amants se suicident après la non-réception du message destiné à Roméo : celui-ci prend pour morte Juliette, endormie par une potion, et absorbe un véritable poison ; elle se poignarde à son réveil.

L'obstacle n'est plus surnaturel mais social et familial ; la mort résulte d'un malentendu construit par l'intrigue, non d'une fatalité magique.

Le XVIIIe siècle : Diderot et le drame bourgeois

Diderot théorise un genre situé entre la tragédie et la comédie, qu'il nomme « genre sérieux » et que l'on appellera drame bourgeois, et qu'il illustre par Le Fils naturel, en 1757, puis Le Père de famille, en 1758. Ce théâtre choisit un cadre domestique : les personnages ne sont plus des rois ni des grands du royaume mais des pères de famille et leurs enfants, dont la condition sociale et les liens de parenté deviennent le sujet même de la pièce. L'obstacle à l'amour s'en trouve déplacé : non plus un rang royal ou une raison d'État, mais un secret de naissance, une différence de fortune ou l'autorité d'un père sur le mariage de ses enfants — et l'écriture passe du vers classique à la prose.

Ne pas confondre drame bourgeois (Diderot, XVIIIe siècle, cadre familial et prose) et drame romantique (Hugo, XIXe siècle, cadre historique et mélange des tons) : les deux refusent la tragédie classique, mais pas pour le même obstacle ni la même époque.

Le XXe siècle : conflits moraux et difficultés de la rencontre

Plusieurs pièces du XXe siècle mettent l'accent sur le conflit intérieur, sans faire disparaître les contraintes extérieures. Chez Anouilh, dans Antigone, créée en 1944, le refus de transiger avec Créon sur l'honneur dû à son frère sacrifie l'amour pour Hémon à un devoir moral que rien n'oblige, sinon la conscience du personnage. Chez Claudel, dans Partage de midi, écrit en 1905 et créé à la scène en 1948, la passion adultère confronte les personnages à la faute et à leur rapport à Dieu ; au dernier acte, Ysé revient rejoindre Mesa pour mourir avec lui, donnant une dimension spirituelle à leur amour. Chez Giraudoux, l'amour se heurte souvent à la marche du monde ou de l'histoire, sans qu'aucune ruse comique ne puisse l'infléchir. Chez Koltès, l'obstacle change encore de nature : la rencontre elle-même devient un rapport de force verbal, presque un affrontement, où le dialogue amoureux se dissout avant même de pouvoir advenir.

Confusions fréquentes

L'amour courtois n'est pas l'amour romantique
Le code courtois médiéval organise un service rendu à une dame le plus souvent inaccessible ; l'amour romantique du XIXe siècle, lui, cherche la fusion et se heurte à l'histoire ou au pouvoir, pas à un code social figé.
Roméo et Juliette n'est pas une tragédie classique française
C'est une pièce élisabéthaine du théâtre anglais, antérieure au classicisme français et à ses règles ; la comparer terme à terme avec Corneille ou Racine expose à une confusion de période.
Le drame bourgeois n'est pas le drame romantique
Diderot situe l'obstacle dans la famille et la condition sociale ordinaire, au XVIIIe siècle et en prose ; Hugo le situe dans l'histoire et le pouvoir, au XIXe siècle, avec un mélange des tons théorisé.

Synthèse : causes, dénouements et évolution

Cinq œuvres, cinq causes, cinq dénouements
ŒuvreCause de l'obstacleDénouement
Tristan et Iseut (XIIe siècle)Philtre fatal, mariage d'Iseut avec le roi Marc, devoir vassaliqueMort des deux amants
Roméo et Juliette (1597)Rivalité entre les familles Montaigu et CapuletMort des deux amants par malentendu
Le Fils naturel / Le Père de famille (Diderot, 1757-1758)Condition sociale, secret de naissance, autorité paternelleReconnaissance et résolution, propres au drame bourgeois
Antigone (Anouilh, 1944)Devoir moral et politique, refus du compromisMort d'Antigone et d'Hémon
Partage de midi (Claudel, écrit en 1905)Ordre moral et religieux, adultèreYsé revient auprès de Mesa pour mourir avec lui ; accomplissement spirituel de leur amour

Au-delà de ces cinq œuvres, deux causes classiques restent à mentionner : l'argent, comme dans L'Avare de Molière, où Harpagon s'oppose au mariage de ses enfants pour des raisons financières, et la guerre ou la jalousie, motifs récurrents du drame romantique et du théâtre du XXe siècle. Les dénouements, eux, se répartissent en quatre issues : la mort des amants, le mariage — issue de la comédie, et aussi du drame bourgeois —, le renoncement volontaire d'un des amants, et la séparation durable sans mort ni union. Suivre ces deux grilles, cause et dénouement, permet de classer n'importe quelle œuvre du programme sans se limiter à une seule époque.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Le philtre bu par erreur rend l'amour de Tristan et Iseut fatal et adultère.Voir le corrigé

    Vrai

    Iseut est promise au roi Marc ; le philtre, destiné aux futurs époux, rend leur passion irrépressible malgré ce devoir.

  2. 2.Roméo et Juliette appartient au théâtre classique français du XVIIe siècle.Voir le corrigé

    Faux

    C'est une pièce élisabéthaine anglaise, antérieure au classicisme français, publiée en 1597.

  3. 3.Le drame bourgeois de Diderot déplace l'obstacle amoureux vers la condition sociale et la famille.Voir le corrigé

    Vrai

    Le Fils naturel (1757) et Le Père de famille (1758) mettent en scène des personnages ordinaires, non plus des rois.

  4. 4.Dans Antigone, Anouilh fait mourir Hémon auprès du corps d'Antigone.Voir le corrigé

    Vrai

    Condamnée par Créon à être enterrée vivante, Antigone se pend avec sa ceinture ; Hémon, qui découvre son corps, se tue de son épée.

  5. 5.Dans Partage de midi, de Claudel, la passion adultère se heurte à un devoir politique.Voir le corrigé

    Faux

    La passion adultère met en jeu la faute et le rapport à Dieu, plutôt qu'un devoir politique. Ysé revient auprès de Mesa pour mourir avec lui : le dénouement ne se réduit pas à une séparation.

  6. 6.Le mariage comme dénouement de l'amour contrarié appartient au registre de la comédie.Voir le corrigé

    Vrai

    Le mariage est fréquent en comédie et dans le drame bourgeois (Le Père de famille), mais n’est pas exclu de la tragédie : Cinna autorise l’union de ses conjurés. Inversement, Le Misanthrope sépare son couple principal.

Textes de référence

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