L'Union européenne : construction et identité, adhésion et retrait, personnalité juridique, compétences, processus décisionnels
25 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
Testez-vous · sans compte
Vrai ou faux ?
Le traité de Lisbonne a donné la personnalité juridique à l'Union européenne.
Le programme de l'option ouvre la partie européenne par l'Union elle-même : sa construction et son identité, l'adhésion, sa personnalité juridique, ses compétences et leur articulation avec celles des États, ses processus de décision. C'est la partie « constitutionnelle » du droit de l'Union, fixée depuis le 1er décembre 2009 par le traité sur l'Union européenne (TUE) et le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), issus du traité de Lisbonne. Une réponse solide y décrit des mécanismes exacts, avec leurs articles : répartition des compétences, procédure législative ordinaire, adhésion et retrait, personnalité juridique.
À retenir
- Construction : de la déclaration Schuman (9 mai 1950) et de la CECA (1951) aux traités de Rome (1957), à l'Acte unique (1986), à Maastricht (1992), qui crée l'Union, puis, après le rejet du traité constitutionnel en 2005, au traité de Lisbonne (signé le 13 décembre 2007, en vigueur le 1er décembre 2009).
- Identité : des valeurs communes (article 2 TUE) protégées par l'article 7, une citoyenneté de l'Union qui s'ajoute à la citoyenneté nationale, une Charte des droits fondamentaux de même valeur que les traités, et le respect de l'identité nationale des États (article 4, paragraphe 2, TUE).
- Adhésion (article 49 TUE) : tout État européen qui respecte et promeut les valeurs de l'article 2 ; critères de Copenhague (1993) ; unanimité du Conseil, approbation du Parlement européen, ratification par tous les États — en France, référendum ou Congrès (article 88-5 de la Constitution). Retrait (article 50) : utilisé une fois, par le Royaume-Uni, sorti le 31 janvier 2020.
- Personnalité juridique (article 47 TUE) : depuis Lisbonne, l'Union succède à la Communauté européenne ; elle conclut des accords internationaux (articles 216 à 218 TFUE), engage sa responsabilité (article 340 TFUE) et doit adhérer à la Convention européenne des droits de l'homme (article 6, paragraphe 2, TUE), adhésion retardée par l'avis 2/13 de la Cour (2014) : un projet d'accord révisé, arrêté en mars 2023, attend le nouvel avis demandé à la Cour en novembre 2025.
- Compétences : principe d'attribution (article 5 TUE) ; compétences exclusives (article 3 TFUE), partagées (article 4), d'appui (article 6), coordination des politiques économiques (article 5) ; leur exercice est borné par la subsidiarité et la proportionnalité, que les parlements nationaux contrôlent.
- Décision : la procédure législative ordinaire (article 294 TFUE) met à égalité le Parlement européen et le Conseil, sur proposition de la Commission ; le Conseil vote en principe à la majorité qualifiée — 55 % des États, au moins quinze, représentant 65 % de la population (article 16, paragraphe 4, TUE) —, l'unanimité subsistant pour la fiscalité, la politique étrangère, l'adhésion ou les ressources propres.
La construction et l'identité de l'Union
| Traité | Signature / entrée en vigueur | Apport principal |
|---|---|---|
| Paris (CECA) | 1951 / 1952 | Mise en commun du charbon et de l'acier sous une Haute Autorité, sur la proposition Schuman du 9 mai 1950 |
| Rome (CEE [Communauté économique européenne], Euratom) | 1957 / 1958 | Marché commun, union douanière, politiques communes |
| Acte unique européen | 1986 / 1987 | Marché intérieur au 31 décembre 1992, extension de la majorité qualifiée |
| Maastricht | 1992 / 1993 | Union européenne à trois piliers, citoyenneté, union économique et monétaire |
| Amsterdam, Nice | 1997 / 1999 ; 2001 / 2003 | Espace de liberté, de sécurité et de justice ; préparation de l'élargissement |
| Lisbonne | 2007 / 2009 | Fin des piliers, personnalité juridique, Charte contraignante, président du Conseil européen, procédure législative ordinaire |
L'Union est une construction progressive, fondée sur la méthode fonctionnaliste inspirée par Jean Monnet — l'Europe se fera, selon la déclaration Schuman, « par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait » — et sur des traités successifs. Le traité établissant une Constitution pour l'Europe, rejeté par référendum en France (29 mai 2005) et aux Pays-Bas, a été remplacé par le traité de Lisbonne, qui en reprend l'essentiel sans vocabulaire constitutionnel. L'identité de l'Union repose sur des valeurs communes (article 2 TUE : dignité humaine, liberté, démocratie, égalité, État de droit, droits de l'homme, y compris ceux des minorités), dont la violation grave et persistante peut conduire à suspendre certains droits d'un État (article 7), procédure engagée contre la Pologne en 2017, close en mai 2024 après le changement de gouvernement, et contre la Hongrie en 2018, qui restait ouverte à la fin de l'été 2026. Elle tient aussi à la citoyenneté de l'Union (article 20 TFUE), à la Charte des droits fondamentaux, qui a depuis 2009 la même valeur juridique que les traités (article 6 TUE), et au respect de l'identité nationale des États, « inhérente à leurs structures fondamentales politiques et constitutionnelles » (article 4, paragraphe 2, TUE).
Confusions fréquentes
- L'Union n'est ni un État fédéral ni une simple organisation internationale
- Elle n'a que des compétences d'attribution et ne peut s'en donner de nouvelles, mais son droit prime et s'applique directement dans les États : on parle d'organisation d'intégration, ou de « fédération d'États-nations ».
L'adhésion, le retrait et la personnalité juridique
Tout État européen qui respecte les valeurs de l'article 2 et s'engage à les promouvoir peut demander à devenir membre (article 49 TUE). Le Conseil statue à l'unanimité, après consultation de la Commission et approbation du Parlement européen à la majorité de ses membres ; les conditions de l'adhésion font l'objet d'un traité entre les États membres et le candidat, ratifié par chacun. Les critères de Copenhague (Conseil européen de juin 1993) précisent les conditions : institutions stables garantissant la démocratie, l'État de droit, les droits de l'homme et la protection des minorités ; économie de marché viable ; capacité à assumer les obligations de l'adhésion, c'est-à-dire l'acquis. En France, la loi autorisant la ratification d'un traité d'adhésion est soumise au référendum, sauf si le Parlement, par une motion adoptée en termes identiques à la majorité des trois cinquièmes dans chaque assemblée, choisit la voie du Congrès (article 88-5 de la Constitution). L'Union est passée de six à vingt-huit membres entre 1973 et 2013, puis à vingt-sept avec le retrait britannique. L'article 50 TUE, créé par Lisbonne, organise ce retrait : l'État notifie son intention au Conseil européen, un accord fixe les modalités, et les traités cessent de s'appliquer à la date de son entrée en vigueur ou, à défaut, deux ans après la notification, sauf prorogation unanime. Le Royaume-Uni, après le référendum du 23 juin 2016 et la notification du 29 mars 2017, est sorti le 31 janvier 2020. L'article 47 TUE donne à l'Union la personnalité juridique : elle se substitue et succède à la Communauté européenne (article 1er), conclut des accords internationaux selon l'article 218 TFUE, dispose dans chaque État de la capacité juridique la plus large (article 335), répond de ses dommages (article 340) et est représentée à l'extérieur par la Commission et, pour la politique étrangère, par le haut représentant ainsi que, à son niveau et en sa qualité, par le président du Conseil européen (article 15 TUE).
Confusions fréquentes
- Personnalité juridique ne veut pas dire compétence générale
- L'Union peut signer un accord, mais seulement dans le champ de ses compétences : l'article 47 lui donne la capacité d'agir sur la scène internationale, pas le pouvoir de s'attribuer des matières nouvelles.
Les compétences de l'Union et leur articulation avec celles des États
| Catégorie | Exemples | Effet sur les États |
|---|---|---|
| Exclusive (article 3) | Union douanière, règles de concurrence du marché intérieur, politique monétaire de la zone euro, conservation des ressources biologiques de la mer, politique commerciale commune | Seule l'Union légifère ; les États légifèrent sur habilitation ou pour mettre en œuvre les actes de l'Union |
| Partagée (article 4) | Marché intérieur, cohésion, agriculture, environnement, transports, énergie, espace de liberté, de sécurité et de justice | Les États agissent dans la mesure où l'Union n'exerce pas sa compétence, sous les réserves de l'article 4 |
| Appui, coordination, complément (article 6) | Santé humaine, industrie, culture, tourisme, éducation, protection civile | L'Union soutient sans harmoniser les législations nationales |
Le principe d'attribution (article 5 TUE) veut que l'Union n'agisse que dans les limites des compétences que les États lui ont confiées dans les traités ; toute compétence non attribuée leur appartient. L'exercice des compétences non exclusives est encadré par la subsidiarité — l'Union n'intervient que si les objectifs ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États et peuvent l'être mieux au niveau de l'Union — et toute action par la proportionnalité, qui interdit d'excéder ce qui est nécessaire. Les parlements nationaux veillent à la subsidiarité (protocole n° 2) : chacun dispose de deux voix et de huit semaines pour émettre un avis motivé ; au moins un tiers des voix impose le réexamen du projet (« carton jaune »), un quart pour les projets fondés sur l'article 76 TFUE ; en procédure législative ordinaire, une majorité simple impose un réexamen (« carton orange ») puis, si la Commission maintient la proposition, un contrôle des colégislateurs avant la fin de la première lecture ; en France, chaque assemblée peut en outre saisir la Cour de justice (article 88-6 de la Constitution). La coordination des politiques économiques et de l'emploi (article 5 TFUE) et la politique étrangère et de sécurité commune forment des catégories à part. Deux soupapes existent : la clause de flexibilité (article 352 TFUE), à l'unanimité et avec l'approbation du Parlement, et la coopération renforcée entre au moins neuf États (article 20 TUE), utilisée pour le divorce, le brevet unitaire ou le Parquet européen. L'Union dispose enfin de compétences externes implicites, parallèles à ses compétences internes (AETR, 1971).
Les processus décisionnels
La procédure législative ordinaire (article 294 TFUE), héritière de la codécision de Maastricht, est devenue la règle avec le traité de Lisbonne. La Commission a le quasi-monopole de l'initiative ; le Parlement et le Conseil sont co-législateurs à égalité. En première lecture, le Parlement arrête sa position, que le Conseil approuve — l'acte est adopté — ou modifie. En deuxième lecture, le Parlement dispose de trois mois (prorogeables d'un mois) pour approuver la position du Conseil ou ne pas statuer, ce qui vaut adoption ; le rejet et les amendements exigent la majorité de ses membres ; si le Conseil n'approuve pas tous les amendements, un comité de conciliation paritaire dispose de six semaines pour trouver un texte commun, que les deux institutions adoptent en troisième lecture dans les six semaines. En pratique, des trilogues informels permettent d'adopter la plupart des textes dès la première lecture. Les procédures législatives spéciales prévoient l'adoption par le Conseil avec participation du Parlement, ou par le Parlement avec participation du Conseil, selon la base juridique (article 289 TFUE). Au Conseil, la majorité qualifiée réunit au moins 55 % des membres, soit quinze sur vingt-sept, représentant 65 % de la population ; une minorité de blocage exige au moins quatre États ; lorsque le Conseil ne statue sur proposition ni de la Commission ni du haut représentant, il faut 72 % des États représentant au moins 65 % de la population. L'unanimité demeure pour la fiscalité, la politique étrangère et de sécurité commune, l'adhésion, le cadre financier pluriannuel et les ressources propres ; les clauses passerelles (article 48, paragraphe 7, TUE) permettent de passer à la majorité qualifiée, à l'unanimité du Conseil européen, après approbation du Parlement et sans opposition d'un parlement national dans les six mois, hors décisions militaires ou de défense. L'initiative citoyenne européenne permet à un million de citoyens venant d'au moins un quart des États membres d'inviter la Commission à proposer un acte, sans l'y obliger.
Pour décrire la procédure législative ordinaire, suivre le fil des lectures et chiffrer chaque délai : trois mois, six semaines, six semaines. Terminer par la pratique des trilogues montre qu'on connaît le fonctionnement réel, pas seulement le traité.
Les sigles de la fiche
- CECA
- Communauté européenne du charbon et de l'acier
- CEE
- Communauté économique européenne
- TFUE
- traité sur le fonctionnement de l'Union européenne
- TUE
- traité sur l'Union européenne
Se tester : vrai ou faux ?
Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.Le traité de Lisbonne a donné la personnalité juridique à l'Union européenne.Voir le corrigé
Vrai
Article 47 TUE ; avant 2009, seule la Communauté européenne en disposait, et l'Union lui a succédé.
2.La politique commerciale commune est une compétence partagée entre l'Union et les États membres.Voir le corrigé
Faux
C'est une compétence exclusive de l'Union (article 3 TFUE). Dans les domaines partagés ordinaires, les États n'exercent leur compétence que dans la mesure où l'Union n'a pas exercé la sienne : c'est la préemption (article 2, paragraphe 2, TFUE). La recherche, l'espace, la coopération au développement et l'aide humanitaire permettent une action parallèle (article 4, paragraphes 3 et 4).
3.L'adhésion d'un nouvel État exige l'unanimité du Conseil et l'approbation du Parlement européen.Voir le corrigé
Vrai
Article 49 TUE, puis ratification du traité d'adhésion par chaque État membre.
4.La majorité qualifiée au Conseil suppose l'accord de la moitié des États représentant la moitié de la population.Voir le corrigé
Faux
Il faut 55 % des membres du Conseil, au moins quinze, représentant au moins 65 % de la population de l'Union (article 16, paragraphe 4, TUE).
5.Les parlements nationaux peuvent obliger la Commission à réexaminer un projet d'acte législatif pour atteinte à la subsidiarité.Voir le corrigé
Vrai
Au moins un tiers des voix impose le réexamen, un quart pour les projets fondés sur l'article 76 TFUE. L'auteur peut maintenir, modifier ou retirer le projet en motivant sa décision (protocole n° 2).
6.L'initiative citoyenne européenne oblige la Commission à présenter une proposition législative.Voir le corrigé
Faux
Elle l'invite seulement à le faire ; la Commission doit répondre et motiver sa position, mais reste libre de ne pas légiférer.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Version consolidée du traité sur l'Union européenne (JO C 202 du 7 juin 2016) — EUR-Lex — Journal officiel de l'Union européenne (nouvel onglet)
- Institutions et organes de l'Union européenne — european-union.europa.eu (nouvel onglet)
- Constitution du 4 octobre 1958 (texte consolidé) — Légifrance (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- TFUE, article 2 — exercice des compétences — Journal officiel de l’Union européenne, Cellar (nouvel onglet)
- Protocole n° 2 — subsidiarité et proportionnalité — Journal officiel, fac-similé CVCE (nouvel onglet)
- TFUE, article 294 — procédure législative ordinaire — Journal officiel de l’Union européenne, Cellar (nouvel onglet)
- TFUE, article 289 — procédures législatives — Journal officiel de l’Union européenne, Cellar (nouvel onglet)
- TFUE, article 238 — majorité qualifiée renforcée — Journal officiel de l’Union européenne, Cellar (nouvel onglet)
- Constitution — texte de l’Assemblée nationale — Assemblée nationale (nouvel onglet)
- TUE, article 48 — révision et clauses passerelles — Journal officiel de l’Union européenne, Cellar (nouvel onglet)
- TUE, article 15 — Conseil européen — Journal officiel de l’Union européenne, Cellar (nouvel onglet)
- TUE, article 17 — Commission européenne — Journal officiel de l’Union européenne, Cellar (nouvel onglet)
- TFUE, article 4 — domaines partagés et action parallèle — Journal officiel de l’Union européenne, Cellar (nouvel onglet)
Accès DGFiP est un service indépendant : il n’est ni affilié ni validé par la Direction générale des Finances publiques. En cas de doute, le texte officiel fait foi.