Le recours à l'emprunt et les dépenses des collectivités, dont les dépenses obligatoires
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Une collectivité territoriale peut emprunter pour couvrir un déficit de sa section de fonctionnement.
L'emprunt local finance l'investissement, sans couvrir les charges courantes. Certaines dépenses sont obligatoires en raison d'une dette exigible ou d'une disposition légale ; leur inscription d'office et leur mandatement suivent des procédures distinctes. La fiche présente aussi l'encadrement des emprunts structurés et le dispositif historique des contrats de Cahors, prévu pour 2018-2020 et suspendu en 2020.
À retenir
- L'emprunt d'une collectivité territoriale ne peut financer que la section d'investissement ; il est interdit pour couvrir des dépenses de fonctionnement, conséquence directe de la règle de l'équilibre réel.
- La crise des emprunts dits structurés, indexés sur des indices de change ou des formules complexes, a conduit à un encadrement des conditions d'emprunt des collectivités et à la création d'un fonds de soutien pour les collectivités les plus exposées.
- Sont obligatoires les dépenses nécessaires au paiement des dettes exigibles et celles que la loi impose expressément. Le CGCT (code général des collectivités territoriales) en donne des listes par catégorie de collectivités : annuités de dette, rémunération des agents, contribution au SDIS (service départemental d'incendie et de secours), notamment.
- Si une dépense obligatoire n'est pas inscrite ou insuffisamment dotée au budget, la chambre régionale des comptes est saisie ; à défaut de régularisation, le préfet inscrit d'office la dépense et peut créer les recettes nécessaires.
- Certaines dépenses sont interdites aux collectivités : financer une compétence qui ne relève pas d'elles sans habilitation légale, ou accorder des garanties d'emprunt au-delà de plafonds prudentiels définis par la loi.
- Les contrats de Cahors, issus de la programmation 2018-2022 et prévus pour 2018-2020, encadraient les dépenses réelles de fonctionnement des grandes collectivités et EPCI (établissement public de coopération intercommunale) autour d'un taux de référence de 1,2 % par an, modulable. Les non-signataires se voyaient notifier leur objectif par arrêté préfectoral ; le dispositif a été suspendu en 2020.
L'emprunt, réservé à l'investissement
Une collectivité territoriale ne peut recourir à l'emprunt que pour financer des dépenses d'investissement : cette règle découle directement de l'équilibre réel, qui interdit de couvrir des charges de fonctionnement par de la dette. Le remboursement en capital de l'emprunt est lui-même une dépense d'investissement ; seuls les intérêts figurent en section de fonctionnement.
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Origine du sujet | Des collectivités ont souscrit, dans les années 2000, des emprunts dits structurés, à taux indexés sur des indices de change ou des formules complexes, dont la charge d'intérêt a fortement augmenté avec certaines évolutions de marché |
| Encadrement | Une charte de bonne conduite entre établissements bancaires et collectivités, puis une loi de 2013, ont limité les indices et structures autorisés pour les nouveaux emprunts locaux |
| Fonds de soutien | Créé par la loi de finances pour 2014 et porté à 3 milliards d'euros, il a aidé les collectivités les plus exposées à sortir de leurs emprunts structurés à risque, en prenant en charge en moyenne la moitié des indemnités de remboursement anticipé ; il s'éteint le 31 décembre 2028 |
Confusions fréquentes
- Un emprunt ne finance jamais un déficit de fonctionnement
- Si les recettes de fonctionnement ne couvrent pas les charges courantes, la collectivité doit ajuster son budget, pas emprunter : l'emprunt reste un outil de financement de l'investissement, jamais du fonctionnement.
Les dépenses obligatoires et leur inscription d'office
| Type de dépense | Exemple |
|---|---|
| Dette | Le remboursement des annuités d'emprunt exigibles dans l'exercice |
| Personnel | La rémunération des agents titulaires et des agents non titulaires en fonction |
| Sécurité et secours | La contribution obligatoire au service départemental d'incendie et de secours |
| Vie démocratique | Les dépenses liées à l'organisation des élections, les indemnités de fonction des élus |
| Engagements juridiques | Les dépenses résultant d'une décision de justice devenue définitive à l'encontre de la collectivité |
Une dépense est obligatoire lorsqu'elle acquitte une dette exigible ou que la loi l'impose expressément. En cas de crédits absents ou insuffisants, le préfet, le comptable public concerné ou toute personne y ayant intérêt peut saisir la CRC (chambre régionale des comptes). Celle-ci constate le défaut sous un mois et met la collectivité en demeure. Si cette mise en demeure reste sans effet pendant un mois, elle demande au préfet l'inscription et propose son financement ; le préfet règle le budget rectifié. Le mandatement d'office est distinct : le préfet met l'ordonnateur en demeure de mandater et intervient après un mois sans suite, ou deux si la dépense atteint 5 % de la section de fonctionnement du budget primitif. Les décisions juridictionnelles passées en force de chose jugée relèvent de la procédure spéciale réservée par L1612-17.
Une commune ne provisionne pas, dans son budget primitif, le remboursement d'une annuité d'emprunt pourtant exigible dans l'année : le comptable public ou le préfet peut saisir la chambre régionale des comptes, qui constate l'omission d'une dépense obligatoire et propose son inscription ; à défaut, le préfet l'inscrit lui-même.
Dépenses de fonctionnement, d'investissement et dépenses interdites
Les dépenses de fonctionnement couvrent les charges courantes et récurrentes de la collectivité ; les dépenses d'investissement, l'acquisition ou la création d'un bien durable et le remboursement du capital de la dette. Certaines dépenses restent interdites aux collectivités : financer, sans habilitation légale, une compétence qui relève d'un autre niveau de collectivité ou de l'État ; accorder des garanties d'emprunt à un organisme tiers au-delà de plafonds prudentiels fixés par la loi, notamment un ratio de division du risque entre bénéficiaires et une quotité maximale garantie par opération.
Confusions fréquentes
- Une compétence facultative n'est pas une dépense interdite
- Une collectivité peut engager une dépense facultative, en lien avec ses compétences ou l'intérêt local qu'elle conserve (pour les communes), sans que cela en fasse une dépense interdite : l'interdiction vise le financement d'une compétence qui ne relève pas d'elle, non l'exercice normal de ses attributions.
La contractualisation avec l'État : les contrats de Cahors
L'article 29 de la loi de programmation du 22 janvier 2018 a prévu pour 2018-2020 un encadrement des dépenses réelles de fonctionnement des grandes collectivités et EPCI, selon un seuil de 60 millions d'euros de dépenses réelles de fonctionnement du budget principal constatées en 2016. Le taux annuel de référence de 1,2 % était modulable, de 0,75 % à 1,65 %, selon les caractéristiques locales. Parmi les 322 entités initialement concernées, 229 ont signé ; les autres recevaient leur objectif par arrêté préfectoral, avec une reprise plus élevée en cas de dépassement. Le dispositif a été suspendu en 2020.
Les contrats de Cahors combinaient négociation du taux, dans des limites légales, et contrainte : les non-signataires restaient soumis à un objectif notifié par le préfet. Présenter ce dispositif dans sa période historique, avant sa suspension en 2020.
Les sigles de la fiche
- CGCT
- code général des collectivités territoriales
- CRC
- chambre régionale des comptes
- EPCI
- établissement public de coopération intercommunale
- SDIS
- service départemental d'incendie et de secours
Se tester : vrai ou faux ?
Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.Une collectivité territoriale peut emprunter pour couvrir un déficit de sa section de fonctionnement.Voir le corrigé
Faux
L'emprunt ne finance que la section d'investissement ; un déficit de fonctionnement doit être résorbé par un ajustement du budget, non par la dette.
2.Si une dépense obligatoire n'est pas inscrite au budget, le préfet peut, en dernier recours, l'inscrire d'office.Voir le corrigé
Vrai
Après saisine de la chambre régionale des comptes et absence de régularisation par la collectivité, le préfet inscrit la dépense et peut créer les recettes nécessaires.
3.Le remboursement du capital d'un emprunt figure en section de fonctionnement.Voir le corrigé
Faux
Seuls les intérêts de la dette figurent en fonctionnement ; le remboursement du capital est une dépense d'investissement.
4.Les emprunts structurés ont fait l'objet d'un encadrement après une crise touchant certaines collectivités.Voir le corrigé
Vrai
Une charte de bonne conduite, puis une loi de 2013, ont limité les indices et structures autorisés pour les nouveaux emprunts locaux.
5.Une collectivité peut financer librement, sans habilitation légale, une compétence relevant d'un autre niveau de collectivité.Voir le corrigé
Faux
Cette dépense est interdite : une collectivité ne peut financer une compétence qui ne relève pas d'elle sans habilitation légale expresse.
6.Les contrats de Cahors visaient à encadrer la progression des dépenses réelles de fonctionnement des plus grandes collectivités.Voir le corrigé
Vrai
Issus de la loi de programmation des finances publiques 2018-2022, ils fixaient un objectif d'évolution annuelle des dépenses de fonctionnement.
Textes de référence
- Code général des collectivités territoriales — Légifrance (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- CGCT — contrôle budgétaire, version du 1er janvier 2026 — Légifrance (nouvel onglet)
- La contractualisation entre l’État et les collectivités — Direction du Budget (nouvel onglet)
- PAP 2025 — fonds de soutien aux emprunts à risque — Direction du Budget (nouvel onglet)
- Bilan de la contractualisation, 1er juillet 2018 — Gouvernement (nouvel onglet)
- Rapport d’information n°603 — efficacité des dépenses locales — Assemblée nationale (nouvel onglet)
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