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Fiche de cours

L'évaluation des politiques publiques

13 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Évaluer une politique publique consiste à vérifier la conformité d'une dépense aux règles budgétaires.

Évaluer une politique publique, ce n'est ni la contrôler ni l'auditer : c'est mesurer ce qu'elle a réellement produit au regard des objectifs qu'elle s'était fixés. La révision constitutionnelle de 2008 en a fait une mission du Parlement à part entière, aux côtés du vote de la loi et du contrôle du Gouvernement. Pour un candidat de la voie A, la question porte autant sur les acteurs et les méthodes que sur la distinction avec les notions voisines.

À retenir

  • Évaluer, c'est mesurer les effets d'une politique par rapport à ses objectifs déclarés ; contrôler, c'est vérifier la conformité d'une opération à une règle ; auditer, c'est apprécier, sur un périmètre ciblé, la régularité et la performance d'une gestion. Les trois démarches se combinent souvent sans se confondre.
  • Cinq critères structurent une évaluation : la pertinence (l'objectif répond-il au problème posé), l'efficacité (les objectifs sont-ils atteints), l'efficience (le rapport entre les moyens engagés et les résultats obtenus), la cohérence (avec les autres politiques menées) et l'impact (les effets, y compris indirects, sur la société).
  • Depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, l'article 24 confie au Parlement l'évaluation des politiques publiques, aux côtés du vote de la loi et du contrôle de l'action du Gouvernement.
  • Acteurs principaux : le Parlement et ses commissions, la Cour des comptes, le Haut-commissariat à la stratégie et au plan (créé en mai 2025 auprès du Premier ministre, successeur de France Stratégie et du Commissariat général du Plan), les corps d'inspection interministériels et ministériels, et le monde universitaire et de la recherche.
  • Méthodes : le raisonnement contrefactuel compare la situation observée à un scénario sans la politique ; l'expérimentation teste un dispositif avant sa généralisation éventuelle ; l'étude d'impact accompagne en principe les projets de loi depuis la loi organique du 15 avril 2009, sous les exceptions de son article 11.
  • Obstacles récurrents : rareté de données de qualité suffisante, difficulté d'isoler l'effet propre d'une politique des autres facteurs à l'œuvre, horizon des décisions politiques souvent plus court que celui nécessaire pour observer des effets durables.
  • Usages : éclairer une décision de réforme, de prolongation ou d'arrêt d'un dispositif ; les revues de dépenses, engagées depuis 2015, en sont une déclinaison centrée sur l'efficience budgétaire.

Évaluer, contrôler, auditer : trois démarches à ne pas confondre

Trois démarches, trois questions
DémarcheQuestion poséeMomentRéférence
ContrôleL'opération est-elle conforme à la règle ?Continu ou ponctuelUne norme (loi, règlement, procédure)
AuditLa gestion est-elle régulière et performante sur un périmètre donné ?Ponctuel, cibléDes critères de régularité et d'efficience
ÉvaluationLa politique a-t-elle produit les effets attendus ?Le plus souvent ex post, parfois en continuLes objectifs assignés à la politique

L'évaluation se distingue par son objet : elle ne porte pas sur une opération ou un service, mais sur une politique dans son ensemble, et elle cherche à établir un lien de causalité entre l'action publique et les résultats constatés, ce que le contrôle et l'audit ne visent pas nécessairement.

Confusions fréquentes

Évaluer une politique n'est pas contrôler une dépense
Le contrôle de régularité vérifie qu'une dépense respecte les règles budgétaires et comptables ; l'évaluation se demande si l'argent dépensé a produit l'effet recherché, ce qui suppose une méthode distincte, souvent plus lourde.
Une évaluation n'est pas un bilan d'activité
Un bilan décrit ce qui a été fait (nombre de dossiers traités, budget consommé) ; une évaluation cherche à établir si ce qui a été fait a changé la situation qu'on voulait corriger, ce qui exige une comparaison avec ce qui se serait produit autrement.

Les cinq critères de l'évaluation

Pertinence, efficacité, efficience, cohérence, impact
CritèreCe qu'il interroge
PertinenceL'objectif de la politique correspond-il au problème identifié ?
EfficacitéLes objectifs fixés ont-ils été atteints ?
EfficienceLe résultat obtenu est-il proportionné aux moyens engagés ?
CohérenceLa politique s'articule-t-elle avec les autres politiques menées, sans les contredire ?
ImpactQuels sont les effets constatés, y compris ceux qui n'étaient pas recherchés ?

Un dispositif d'aide à l'embauche peut être efficace (le nombre d'embauches aidées augmente) sans être efficient (le coût par emploi réellement créé, net des embauches qui auraient eu lieu de toute façon, reste élevé) : les deux critères se recoupent rarement à l'identique.

L'efficacité compare les résultats à l'objectif ; l'efficience les rapporte aux moyens engagés.

Les acteurs et les méthodes

Qui évalue, et avec quel positionnement
ActeurRôle dans l'évaluation
ParlementMission constitutionnelle depuis 2008 (article 24) ; missions d'information, commissions d'enquête, rapports des commissions des finances
Cour des comptesÉvaluation des politiques publiques comme l'une de ses quatre missions, à la demande du Parlement ou de sa propre initiative
Haut-commissariat à la stratégie et au planCréé par un décret du 23 mai 2025 auprès du Premier ministre, il a pris la suite de France Stratégie (2013-2025) et du Haut-commissariat au Plan ; il produit des évaluations et des travaux de prospective
Inspections généralesÉvaluations commandées par le Gouvernement sur un dispositif ou un secteur (inspection générale des finances et inspections sectorielles)
Monde universitaire et chercheursProduction scientifique, économétrie des politiques publiques, expertise mobilisée par les commanditaires publics

Le raisonnement contrefactuel compare la situation observée à une situation hypothétique sans la politique, reconstituée statistiquement. L'expérimentation compare un groupe bénéficiant du dispositif à un groupe témoin. L'étude d'impact documente les effets attendus avant le dépôt d'un projet de loi. La loi organique du 15 avril 2009 la prévoit en principe, avec des exceptions à l'article 11 : notamment les projets de révision constitutionnelle, de lois de finances et de financement de la sécurité sociale, soumis à leurs règles propres.

Pour l'oral, relier chaque méthode à sa limite : le contrefactuel dépend de la qualité des données disponibles, l'expérimentation coûte du temps et ne se généralise pas toujours, l'étude d'impact reste une évaluation ex ante, donc une prévision plutôt qu'une mesure.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Évaluer une politique publique consiste à vérifier la conformité d'une dépense aux règles budgétaires.Voir le corrigé

    Faux

    C'est la définition du contrôle de régularité ; l'évaluation mesure les effets d'une politique au regard des objectifs qu'elle s'était fixés.

  2. 2.La révision constitutionnelle de 2008 a confié au Parlement une mission d'évaluation des politiques publiques.Voir le corrigé

    Vrai

    L'article 24 de la Constitution, modifié le 23 juillet 2008, ajoute l'évaluation aux missions de vote de la loi et de contrôle du Gouvernement.

  3. 3.L'efficience mesure si les objectifs d'une politique ont été atteints.Voir le corrigé

    Faux

    C'est la définition de l'efficacité ; l'efficience rapporte le résultat obtenu aux moyens engagés pour l'obtenir.

  4. 4.Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan, créé en 2025, a pris la suite de France Stratégie.Voir le corrigé

    Vrai

    Créé par le décret du 23 mai 2025, il succède au Commissariat général du Plan (1946-2006), au Centre d'analyse stratégique (2006-2013), à France Stratégie (2013-2025) et au Haut-commissariat au Plan.

  5. 5.L'étude d'impact accompagnant un projet de loi est une évaluation ex post.Voir le corrigé

    Faux

    Elle est réalisée avant le dépôt du texte : c'est une évaluation ex ante, une prévision des effets attendus, non une mesure des effets constatés.

  6. 6.Le raisonnement contrefactuel compare la situation observée à un scénario reconstitué sans la politique évaluée.Voir le corrigé

    Vrai

    Cette comparaison permet d'isoler l'effet propre de la politique des autres facteurs qui influencent la situation observée.

Textes de référence

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