Intégration et développements limités
18 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Toute fonction continue sur un segment [a,b] est intégrable au sens de Riemann sur ce segment.
Deux outils de calcul complètent l'analyse au programme de l'option A : l'intégrale, qui mesure une aire ou cumule une quantité continue, et le développement limité, qui remplace localement une fonction par un polynôme. La notion couvre la construction de l'intégrale de Riemann, le théorème fondamental qui la relie aux primitives, les deux techniques de calcul — intégration par parties et changement de variable —, les intégrales impropres, puis la formule de Taylor-Young et les cinq développements limités usuels, mobilisés pour des limites, des équivalents et des positions de courbe.
À retenir
- Une fonction continue sur un segment [a,b] est intégrable au sens de Riemann : l'intégrale existe comme limite commune des sommes de Riemann associées à des subdivisions de plus en plus fines de [a,b].
- Théorème fondamental : si f est continue sur un intervalle I et a appartient à I, la fonction F définie par F(x) égale l'intégrale de a à x de f(t)dt est une primitive de f, c'est-à-dire F' égale f ; deux primitives de f diffèrent d'une constante, et l'intégrale de a à b de f vaut F(b) moins F(a) pour n'importe quelle primitive F.
- Intégration par parties, pour u et v de classe C1 sur [a,b] : l'intégrale du produit de la dérivée de u par v vaut le terme tout intégré, u fois v, moins l'intégrale du produit de u par la dérivée de v. Changement de variable, pour φ de classe C1 sur [a,b] et f continue sur l'intervalle parcouru par φ : l'intégrale de a à b de f(φ(t)) fois φ'(t) dt vaut l'intégrale de φ(a) à φ(b) de f(u) du, en changeant les bornes.
- Intégrales impropres de référence : l'intégrale de 1 à l'infini de dx sur x puissance α converge si et seulement si α est strictement supérieur à 1 ; l'intégrale de 0 à l'infini de exponentielle de moins x dx converge et vaut 1.
- Comparaison série-intégrale : pour une fonction positive et décroissante, la série de terme général f(n) et l'intégrale de f ont la même nature, convergentes ou divergentes ensemble — ce résultat redémontre le critère de convergence des séries de Riemann.
- Formule de Taylor-Young : une fonction n fois dérivable en a admet, au voisinage de a, un développement limité à l'ordre n, unique, somme d'un polynôme en (x − a) et d'un reste négligeable devant (x − a) puissance n.
- Les développements limités usuels à l'ordre 2 ou 3 en 0 (exponentielle, 1 sur (1 − x), logarithme de 1 + x, sinus, cosinus) servent à calculer des limites et des équivalents, et à situer une courbe par rapport à sa tangente selon le signe du premier terme non nul après le terme linéaire.
Intégrale de Riemann, primitives, théorème fondamental
Sur un segment [a,b], une fonction continue f est intégrable au sens de Riemann : en subdivisant [a,b] en un nombre croissant de sous-intervalles et en approchant l'aire sous la courbe par des rectangles, les sommes obtenues, dites sommes de Riemann, convergent vers une limite commune, notée intégrale de a à b de f(t)dt, indépendante du choix des subdivisions et des points choisis dans chaque sous-intervalle.
Théorème fondamental de l'analyse : si f est continue sur un intervalle I et si a appartient à I, la fonction F définie sur I par F(x) égale l'intégrale de a à x de f(t)dt est dérivable, de dérivée F' égale f : F est une primitive de f. Deux primitives d'une même fonction continue sur un intervalle diffèrent d'une constante. Conséquence pratique : pour calculer l'intégrale de a à b de f, il suffit de trouver une primitive G de f, puis d'écrire l'intégrale de a à b de f égale G(b) moins G(a), quelle que soit la primitive choisie.
Intégrale de 0 à 1 de x² dx : une primitive de x² est x puissance 3 sur 3. L'intégrale vaut donc 1 puissance 3 sur 3 moins 0 puissance 3 sur 3, c'est-à-dire 1 sur 3, soit environ 0,333.
Intégration par parties et changement de variable
Intégration par parties : pour u et v dérivables sur [a,b], à dérivées continues, l'intégrale de a à b du produit de la dérivée de u par v vaut le terme tout intégré entre crochets, u fois v pris entre a et b, moins l'intégrale de a à b du produit de u par la dérivée de v. La méthode réussit quand on choisit de dériver la partie qui se simplifie (un polynôme, par exemple) et d'intégrer la partie qui se reproduit (une exponentielle, un sinus, un cosinus).
Intégrale de 0 à 1 de x fois exponentielle de x dx : on dérive x, qui devient 1, et on intègre exponentielle de x, qui reste exponentielle de x. Le terme tout intégré vaut x fois exponentielle de x entre 0 et 1, soit exponentielle de 1 moins 0, c'est-à-dire e. Il reste à soustraire l'intégrale de 0 à 1 de exponentielle de x dx, qui vaut e moins 1. Le résultat vaut e moins (e moins 1), soit 1.
Changement de variable : si φ est dérivable, à dérivée continue, sur [a,b], et f continue sur l'intervalle parcouru par φ, alors l'intégrale de a à b de f(φ(t)) multiplié par φ'(t) dt vaut l'intégrale de φ(a) à φ(b) de f(u) du. Le point de méthode essentiel est de changer les bornes en même temps que la variable : les nouvelles bornes sont les images des anciennes par φ, jamais les anciennes bornes recopiées.
Intégrale de 0 à 1 de 2x fois (x² + 1) puissance 3 dx : on pose u égale x² + 1, de dérivée du égale 2x dx. Quand x vaut 0, u vaut 1 ; quand x vaut 1, u vaut 2. L'intégrale devient l'intégrale de 1 à 2 de u puissance 3 du, qui vaut u puissance 4 sur 4 entre 1 et 2, soit (16 moins 1) sur 4, c'est-à-dire 15 sur 4, soit 3,75.
Intégrales impropres et comparaison série-intégrale
Une intégrale impropre, sur un intervalle non borné ou au voisinage d'un point où la fonction n'est pas définie, se définit comme une limite : l'intégrale de a à l'infini de f(t)dt est la limite, quand X tend vers l'infini, de l'intégrale de a à X de f(t)dt, si cette limite existe et est finie ; l'intégrale converge dans ce cas, elle diverge sinon.
| Intégrale | Condition de convergence | Valeur si convergente |
|---|---|---|
| De 1 à l'infini de dx sur x puissance α | α strictement supérieur à 1 | 1 sur (α − 1) |
| De 0 à l'infini de exponentielle de moins x dx | Toujours convergente | 1 |
Intégrale de 1 à l'infini de dx sur x² : c'est le cas α égale 2, strictement supérieur à 1, donc convergente, de valeur 1 sur (2 moins 1), soit 1. Intégrale de 1 à l'infini de dx sur x : c'est le cas α égale 1, la condition n'est pas vérifiée, l'intégrale diverge — une primitive de 1 sur x est le logarithme, qui tend vers l'infini.
Comparaison série-intégrale : si f est positive, décroissante et continue sur [1, l'infini[, la série de terme général f(n) et l'intégrale de 1 à l'infini de f(t)dt ont la même nature, convergentes ou divergentes ensemble. Ce résultat redémontre le critère de convergence des séries de Riemann à partir de l'intégrale de dx sur x puissance α. Il fournit aussi une majoration du reste d'une série convergente : pour f positive et décroissante, la somme des termes de rang supérieur à N est majorée par l'intégrale de N à l'infini de f(t)dt.
Convergence sans primitive, par comparaison. Pour f et g continues et positives sur [a, +∞[ : si f est majorée par g et que l'intégrale de g converge, celle de f converge ; si f est équivalente à g en +∞, les deux intégrales ont la même nature ; si f est négligeable devant 1/t² en +∞, l'intégrale de f converge. Pour f de signe quelconque, la convergence de l'intégrale de |f|, dite convergence absolue, entraîne celle de l'intégrale de f. En une borne finie où f n'est pas définie mais admet une limite finie, f se prolonge par continuité : l'intégrale n'est impropre qu'en apparence (faussement impropre) et converge. La relation de Chasles permet de découper l'intervalle pour traiter chaque borne à part.
Cas pratique n° 3 du sujet zéro de l'option : montrer que l'intégrale de 0 à +∞ de e^(−t)·(1/(1 − e^(−t)) − 1/t) dt converge. On découpe en 1 par la relation de Chasles. Sur [1 ; +∞[ : t ↦ e^(−t)/(1 − e^(−t)) est continue, positive et équivalente à e^(−t) en +∞, dont l'intégrale converge, donc son intégrale converge ; t ↦ e^(−t)/t est continue, positive et négligeable devant 1/t² en +∞ (t² · e^(−t)/t = t·e^(−t) tend vers 0), donc son intégrale converge aussi ; leur différence converge. Sur ]0 ; 1] : le développement limité 1 − e^(−t) = t − t²/2 + o(t²) donne 1/(1 − e^(−t)) = (1/t)(1 + t/2 + o(t)) = 1/t + 1/2 + o(1) ; la fonction intégrée tend donc vers 1/2 quand t tend vers 0, se prolonge par continuité sur [0 ; 1], et son intégrale y converge. Les deux morceaux convergent : l'intégrale de 0 à +∞ converge.
Confusions fréquentes
- Le critère de Riemann pour les intégrales porte sur α strictement supérieur à 1, pas α supérieur ou égal à 1
- Pour α égal à 1, l'intégrale de 1 à l'infini de dx sur x diverge, comme la série harmonique : α égal à 1 est le cas limite, exclu.
- Le changement de variable exige de transformer aussi les bornes
- Recopier les anciennes bornes après avoir changé la variable donne un résultat numériquement faux, même si la primitive intermédiaire est correcte.
- La comparaison série-intégrale exige une fonction positive et décroissante
- Sans décroissance, la comparaison entre la somme des f(n) et l'intégrale de f perd sa validité : les rectangles associés aux sommes de Riemann n'encadrent plus l'aire sous la courbe dans le bon sens.
- Une intégrale impropre convergente n'est pas toujours calculable par une primitive usuelle
- Certaines intégrales impropres convergent sans primitive exprimable avec les fonctions usuelles : on établit alors la convergence par comparaison à une intégrale de référence (majoration, équivalent, négligeabilité), ou par prolongement par continuité en une borne finie, sans calculer la valeur.
Développements limités : Taylor-Young, usuels, applications
Formule de Taylor-Young : si f est n fois dérivable en a, alors au voisinage de a, f(x) est égal à un polynôme en (x − a) de degré n, formé à partir des dérivées successives de f en a, plus un reste négligeable devant (x − a) puissance n, noté petit o de (x − a) puissance n. Ce développement limité à l'ordre n est unique : deux développements limités d'une même fonction, au même ordre, coïncident terme à terme, ce qui permet d'identifier deux développements limités comme on identifierait deux polynômes.
| Fonction | Développement limité en 0 | Ordre |
|---|---|---|
| Exponentielle de x | 1 + x + x puissance 2 sur 2 + petit o de x puissance 2 | 2 |
| 1 sur (1 − x) | 1 + x + x puissance 2 + petit o de x puissance 2 | 2 |
| Logarithme de (1 + x) | x − x puissance 2 sur 2 + petit o de x puissance 2 | 2 |
| Sinus de x | x − x puissance 3 sur 6 + petit o de x puissance 3 | 3 |
| Cosinus de x | 1 − x puissance 2 sur 2 + petit o de x puissance 2 | 2 |
| (1 + x) puissance α | 1 + αx + α(α − 1) sur 2, x puissance 2, + petit o de x puissance 2 | 2 |
Limite quand x tend vers 0 de (exponentielle de x moins 1 moins x) divisé par x² : le développement limité de exponentielle de x à l'ordre 2 en 0 donne exponentielle de x moins 1 moins x égale x puissance 2 sur 2 plus petit o de x puissance 2. Le quotient vaut donc 1 sur 2 plus petit o de 1, qui tend vers 1 sur 2 quand x tend vers 0. La limite vaut un demi.
Position de la courbe de cosinus par rapport à sa tangente en 0 : la tangente en 0 est la droite y égale 1, puisque cosinus de 0 vaut 1 et la dérivée du cosinus en 0 est nulle. Le développement limité à l'ordre 2 donne cosinus de x moins 1 égale moins x puissance 2 sur 2 plus petit o de x puissance 2, un nombre négatif au voisinage de 0 : la courbe de cosinus reste en dessous de sa tangente au voisinage de 0.
Pour une QRC sur les développements limités : préciser l'ordre demandé avant d'écrire le développement, effectuer les opérations (somme, produit, quotient) en tronquant systématiquement au même ordre, puis conclure explicitement sur la limite, l'équivalent ou la position de courbe attendue.
Se tester : vrai ou faux ?
Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.Toute fonction continue sur un segment [a,b] est intégrable au sens de Riemann sur ce segment.Voir le corrigé
Vrai
La continuité sur un segment garantit l'existence de la limite commune des sommes de Riemann.
2.Une primitive d'une fonction continue sur un intervalle est unique.Voir le corrigé
Faux
Deux primitives d'une même fonction continue diffèrent d'une constante ; il en existe une infinité.
3.L'intégrale de 1 à l'infini de dx sur x puissance α converge si et seulement si α est strictement supérieur à 1.Voir le corrigé
Vrai
Pour α égal à 1, c'est le cas de la divergence logarithmique ; pour α inférieur à 1, l'intégrale diverge encore plus vite.
4.L'intégration par parties s'écrit : l'intégrale de u fois v égale u fois v moins l'intégrale de la dérivée de u fois la dérivée de v.Voir le corrigé
Faux
La formule correcte porte sur l'intégrale de la dérivée de u fois v, égale au terme tout intégré moins l'intégrale de u fois la dérivée de v.
5.La formule de Taylor-Young donne un développement limité unique à un ordre donné.Voir le corrigé
Vrai
Deux développements limités d'une même fonction au même ordre coïncident terme à terme.
6.Un changement de variable dans une intégrale ne nécessite pas de changer les bornes.Voir le corrigé
Faux
Les nouvelles bornes sont les images des anciennes par le changement de variable ; les oublier fausse le résultat numérique.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Arrêté du 2 mars 2011 fixant les règles d'organisation générale, la nature et le programme des épreuves des concours pour l'accès au grade d'inspecteur des finances publiques (version consolidée, modifiée par l'arrêté du 1er juillet 2024, NOR ECOE2416012A) — Légifrance (nouvel onglet)
- Guide ENFiP — préparer l'épreuve de QCM et de QRC du concours externe d'inspecteur des finances publiques — DGFiP — ENFiP (nouvel onglet)
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