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Fiche de cours

Autorisations d'engagement, crédits de paiement, fongibilité asymétrique, plafonds d'emploi

14 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Une autorisation d'engagement plafonne les engagements juridiques, quelle que soit la durée de l'opération financée.

Voter un crédit ne dit pas tout de ce à quoi il engage l'administration : une autorisation d'engagement n'est pas un crédit de paiement, un plafond d'emplois ne se compte pas comme un effectif, et un crédit ouvert n'est pas nécessairement un plafond infranchissable. Ces quatre notions, autorisation d'engagement, crédit de paiement, fongibilité asymétrique et plafond d'emplois, décrivent la portée réelle de ce que le Parlement autorise chaque année. La portée de l'autorisation budgétaire figure au programme ; la distinction entre ETPT (équivalent temps plein travaillé) et ETP (équivalent temps plein) permet de séparer plafond d'emplois et schéma d'emplois.

À retenir

  • L'autorisation d'engagement plafonne les engagements juridiques que l'ordonnateur peut souscrire, quelle que soit la durée de l'opération ; le crédit de paiement plafonne les paiements que le comptable peut effectuer au cours de l'année, quelle que soit la date de l'engagement initial.
  • Une opération pluriannuelle engage la totalité de son coût en autorisations d'engagement l'année de la signature, tandis que les crédits de paiement sont demandés année après année, au fur et à mesure de l'avancement des travaux ou des prestations.
  • La fongibilité asymétrique s'exerce à l'intérieur d'un même programme : le responsable peut redéployer des crédits entre titres, mais les crédits de personnel peuvent seulement abonder les autres titres, jamais l'inverse.
  • Le plafond d'emplois est exprimé en équivalents temps plein travaillés (ETPT), une unité qui pondère à la fois la quotité de travail et la période de présence dans l'année, ce qui le distingue du schéma d'emplois, exprimé en équivalents temps plein et fondé sur le solde des entrées et des sorties.
  • Les crédits sont en principe limitatifs : leur dépassement est interdit, sauf pour une liste fermée de crédits évaluatifs, propres à des dépenses que l'État ne maîtrise pas totalement, comme la charge de la dette ou les remboursements et dégrèvements d'impôts.
  • Un dépassement de crédit évaluatif doit être signalé au Parlement et couvert par le plus prochain projet de loi de finances, ce qui distingue cette souplesse d'une autorisation illimitée.

Autorisations d'engagement et crédits de paiement

Ce que chacune plafonne
AutorisationPlafonneConsommée quand
Autorisation d'engagement (AE)La limite supérieure des dépenses pouvant être engagées juridiquementAu moment de la signature de l'acte : marché, convention, décision d'attribution
Crédit de paiement (CP)La limite supérieure des paiements pouvant être décaissés dans l'annéeAu moment du paiement effectif, quelle que soit la date de l'engagement

Pour une dépense qui s'exécute sur une seule année, AE et CP sont ouverts pour le même montant, et la distinction passe presque inaperçue. Elle devient centrale pour une opération pluriannuelle : la totalité du coût est engagée en AE l'année de la signature du marché, ce qui informe le Parlement de l'engagement pris pour les années suivantes, tandis que les CP correspondants sont votés chaque année, au rythme de l'avancement réel de l'opération.

Un marché de travaux de trente millions d'euros, signé en année N, engage trente millions d'euros d'AE dès cette année-là ; les CP correspondants sont demandés progressivement, par exemple cinq millions en N, quinze millions en N+1 et dix millions en N+2, soit trente millions au total sur les trois exercices.

5 + 15 + 10 = 30 : la somme des CP consommés sur la durée de l'opération doit égaler l'AE engagée à l'origine, sauf réajustement ultérieur du marché.

La fongibilité asymétrique

La fongibilité permet au responsable de programme de redéployer ses crédits entre titres, à l'intérieur du programme, pour ajuster ses moyens à ses priorités de gestion. Elle est asymétrique parce que les crédits de personnel peuvent financer d'autres natures de dépense, mais aucun crédit ne peut venir abonder le titre 2 : ce sens unique protège la maîtrise de la masse salariale, dont l'évolution est par ailleurs contrainte par le plafond d'emplois.

Confusions fréquentes

La fongibilité ne franchit pas la frontière du programme
Elle s'exerce à l'intérieur d'un même programme, jamais entre deux programmes différents : pour déplacer des crédits d'un programme à un autre, il faut un virement ou un transfert, décidés par décret, non une simple fongibilité de gestion.

Le plafond d'emplois et le schéma d'emplois

Deux unités à ne pas confondre
UnitéCe qu'elle mesureUtilisée pour
ETPT (équivalent temps plein travaillé)Une présence pondérée à la fois par la quotité de travail et par la période de l'année où l'agent est en fonctionLe plafond d'emplois, autorisé chaque année par la loi de finances
ETP (équivalent temps plein)Un effectif pondéré par la quotité de travail, sans pondération par la durée de présence dans l'annéeLe schéma d'emplois, qui mesure en ETP le solde des entrées et des sorties

Le plafond d'emplois fixe, par ministère, le nombre maximal d'emplois rémunérés par l'État, décompté en ETPT, que le ministère ne peut dépasser sur l'année ; c'est un plafond de moyens, distinct du plafond de crédits du titre 2. Le schéma d'emplois, exprimé en ETP, décrit un flux : le nombre net de postes créés ou supprimés, indépendamment de la date de recrutement dans l'année. Un même recrutement pèse donc différemment dans les deux logiques.

Un agent recruté à temps plein le 1er juillet compte pour un ETP entier dans le schéma d'emplois de l'année, puisqu'un poste supplémentaire a bien été pourvu, mais pour environ 0,5 ETPT seulement dans la consommation du plafond d'emplois, puisqu'il n'a été présent que la moitié de l'année.

Crédits limitatifs et crédits évaluatifs

Les crédits ouverts par une loi de finances sont, par principe, limitatifs : un ordonnateur ne peut engager de dépense au-delà des crédits ouverts et disponibles, compte tenu des modifications régulièrement intervenues en gestion. La LOLF (loi organique relative aux lois de finances) prévoit cependant une liste fermée de crédits évaluatifs, pour des dépenses que l'État ne maîtrise pas complètement dans leur montant : la charge de la dette, les remboursements, restitutions et dégrèvements d'impôts et la mise en jeu des garanties accordées par l'État (article 10), ainsi que les comptes de concours financiers ouverts au profit d'États étrangers et de banques centrales liées à la France par un accord monétaire international (article 24). Ces crédits peuvent être dépassés en cours d'année, mais le ministre chargé des finances doit informer les commissions des finances des deux assemblées des motifs du dépassement, qui est couvert par le plus prochain projet de loi de finances.

Pour reconnaître un crédit évaluatif au QCM : chercher une dépense dont le montant dépend d'un mécanisme extérieur à la décision du gestionnaire, comme un taux d'intérêt de marché ou le nombre de contribuables demandant un dégrèvement. Si le montant dépend d'un choix de gestion, le crédit est limitatif.

Les sigles de la fiche

AE
autorisations d'engagement
CP
crédits de paiement
ETP
équivalent temps plein
ETPT
équivalent temps plein travaillé
LOLF
loi organique relative aux lois de finances

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Une autorisation d'engagement plafonne les engagements juridiques, quelle que soit la durée de l'opération financée.Voir le corrigé

    Vrai

    Elle est consommée au moment de la signature de l'acte, même si l'opération s'étale sur plusieurs années.

  2. 2.Le crédit de paiement est consommé au moment de la signature du marché, comme l'autorisation d'engagement.Voir le corrigé

    Faux

    Le crédit de paiement est consommé au moment du paiement effectif, ce qui peut intervenir plusieurs années après la signature de l'acte.

  3. 3.La fongibilité asymétrique permet de déplacer des crédits entre deux programmes différents.Voir le corrigé

    Faux

    Elle s'exerce seulement à l'intérieur d'un même programme ; un déplacement entre programmes suppose un virement ou un transfert, décidés par décret.

  4. 4.Le plafond d'emplois est exprimé en équivalents temps plein travaillés, qui pondèrent la période de présence dans l'année.Voir le corrigé

    Vrai

    Cette pondération distingue l'ETPT de l'ETP, utilisé pour le schéma d'emplois, qui mesure un simple solde d'entrées et de sorties.

  5. 5.Les crédits de personnel sont évaluatifs : le gestionnaire peut les dépasser s'il le justifie.Voir le corrigé

    Faux

    Les crédits de personnel sont limitatifs, et le titre 2 de chaque programme constitue même un plafond. Seule une liste fermée de crédits évaluatifs (charge de la dette, remboursements et dégrèvements, appels en garantie), prévue par l'article 10 de la LOLF, peut être dépassée, sous condition de signalement et de couverture ultérieure.

  6. 6.La charge de la dette figure parmi les crédits évaluatifs.Voir le corrigé

    Vrai

    Son montant dépend des taux d'intérêt de marché, que l'État ne maîtrise pas complètement, ce qui justifie son caractère évaluatif.

Textes de référence

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