Variables aléatoires, fonction de répartition, loi des grands nombres, théorème central limite
18 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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La fonction de répartition d'une variable aléatoire est toujours croissante.
Une variable aléatoire discrète ou à densité, sa fonction de répartition, l'espérance et la variance d'une somme : ce socle prépare deux résultats qui structurent toute la statistique inférentielle, la loi des grands nombres et le théorème central limite. Les inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev donnent des bornes sûres sans connaître la loi exacte, avant que les deux théorèmes limites ne précisent le comportement d'une moyenne quand le nombre d'observations grandit. Le catalogue des lois usuelles n'est pas repris ici : cette fiche porte sur des outils qui s'appliquent à n'importe quelle loi, pourvu que ses hypothèses soient vérifiées.
À retenir
- Une variable aléatoire discrète prend un nombre fini ou dénombrable de valeurs, chacune avec une probabilité ; une variable à densité admet une densité f, positive et d'intégrale 1, telle que P(a ≤ X ≤ b) soit l'intégrale de f entre a et b ; elle prend ses valeurs dans un intervalle, et la probabilité d'une valeur précise y est nulle.
- La fonction de répartition en x donne la probabilité que la variable soit inférieure ou égale à x ; elle est croissante, continue à droite, tend vers 0 en moins l'infini et vers 1 en plus l'infini.
- L'espérance est linéaire : l'espérance d'une somme de variables aléatoires vaut la somme de leurs espérances, que les variables soient indépendantes ou non.
- La variance d'une somme de variables indépendantes vaut la somme de leurs variances ; ce résultat tombe si les variables sont dépendantes, où s'ajoutent des termes de covariance.
- L'inégalité de Markov borne la probabilité qu'une variable positive dépasse une valeur donnée, à partir de la seule espérance ; l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev borne l'écart à la moyenne à partir de la variance.
- La loi des grands nombres, version en probabilité, énonce que la moyenne empirique d'un échantillon se rapproche de l'espérance théorique quand le nombre d'observations grandit, sous l'hypothèse de variables indépendantes, de même loi et d'espérance finie.
- Le théorème central limite précise ce rapprochement : sous les hypothèses d'indépendance, de même loi et de variance finie, la moyenne empirique centrée et réduite suit approximativement une loi normale, quelle que soit la loi initiale des observations.
Variable aléatoire et fonction de répartition
| Variable discrète | Variable à densité | |
|---|---|---|
| Valeurs possibles | Nombre fini ou dénombrable | Toute valeur d'un intervalle de réels |
| Probabilité d'une valeur précise | Positive, donnée par la loi | Nulle : seule un intervalle a une probabilité |
| Outil de calcul | Somme des probabilités des valeurs | Aire sous la courbe de densité entre deux bornes |
La fonction de répartition, notée F, associe à chaque réel x la probabilité que la variable soit inférieure ou égale à x. Trois propriétés la caractérisent : elle est croissante au sens large sur l'ensemble des réels ; elle est continue à droite en tout point ; elle tend vers 0 quand x tend vers moins l'infini et vers 1 quand x tend vers plus l'infini. Toute fonction qui les vérifie est la fonction de répartition d'une variable aléatoire. Pour une variable à densité f, F(x) est l'intégrale de f de moins l'infini à x : F est continue, sans saut, et F' = f là où f est continue ; celle d'une variable discrète progresse par paliers à chaque valeur possible.
X compte le nombre de dossiers non conformes parmi 3 tirés indépendamment, avec une probabilité individuelle de non-conformité de 0,2. P(X = 0) vaut 0,8 puissance 3, soit 0,512 ; P(X = 1) vaut 3 × 0,2 × 0,8 puissance 2, soit 3 × 0,2 × 0,64, c'est-à-dire 0,384. La fonction de répartition en 1 vaut donc F(1) = P(X = 0) + P(X = 1) = 0,512 + 0,384 = 0,896.
Espérance, variance et sommes de variables
L'espérance est linéaire : pour deux variables aléatoires X et Y et deux nombres a et b, l'espérance de a multiplié par X plus b multiplié par Y vaut a multiplié par l'espérance de X, plus b multiplié par l'espérance de Y. Ce résultat vaut toujours, que X et Y soient indépendantes ou non — la linéarité de l'espérance ne demande aucune hypothèse d'indépendance.
La variance d'une somme se comporte différemment : la variance de X plus Y vaut la variance de X, plus la variance de Y, plus deux fois la covariance de X et Y. Si X et Y sont indépendantes, leur covariance est nulle, et la variance de la somme se réduit à la somme des variances ; si elles sont dépendantes, le terme de covariance ne disparaît pas et peut aussi bien augmenter que réduire la variance totale.
La variance se calcule par la formule de König-Huygens, V(X) = E((X − E(X))²) = E(X²) − E(X)², et se transforme ainsi par une application affine : E(aX + b) = a·E(X) + b et V(aX + b) = a²·V(X), l'écart type étant multiplié par |a|. Une translation déplace l'espérance sans changer la variance ; un changement d'échelle multiplie la variance par le carré du facteur.
Exercice n° 2 du sujet de 2026 : X − 1 suit la loi de Poisson de paramètre 4, d'espérance et de variance 4 (voir la notion sur les lois usuelles). Avec X = (X − 1) + 1, E(X) = 4 + 1 = 5 et V(X) = V(X − 1) = 4. Autre exemple : si une durée D, en minutes, a pour variance 25, la même durée en secondes, 60D, a pour variance 3 600 × 25 = 90 000, et pour écart type 60 × 5 = 300.
Deux durées de traitement indépendantes, l'une de variance 9, l'autre de variance 16, sont additionnées pour obtenir un délai total. La variance du délai total vaut 9 + 16 = 25, donc un écart type de 5 ; si les deux durées avaient été dépendantes avec une covariance de 4, la variance totale aurait valu 9 + 16 + 2 × 4 = 33.
Confusions fréquentes
- La variance n'est pas linéaire, contrairement à l'espérance
- L'espérance d'une somme est toujours la somme des espérances ; la variance d'une somme n'égale la somme des variances que sous indépendance, ou plus largement l'absence de corrélation.
- Oublier le terme de covariance sur des variables dépendantes
- Un terme de covariance non nul s'ajoute deux fois à la somme des variances ; l'ignorer conduit à une variance fausse, trop petite ou trop grande selon le signe de la covariance.
Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev
L'inégalité de Markov s'applique à une variable aléatoire positive X d'espérance finie : pour tout nombre a strictement positif, la probabilité que X soit supérieure ou égale à a est majorée par l'espérance de X divisée par a. Elle ne demande de connaître que l'espérance, pas la loi complète de la variable.
L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, plus fine, majore la probabilité que X s'écarte de son espérance d'au moins un nombre epsilon strictement positif par la variance de X divisée par epsilon au carré. Elle utilise en plus l'information de dispersion apportée par la variance, ce qui donne en général une borne plus resserrée que celle de Markov, au prix de connaître cette variance.
Une durée de traitement a une espérance de 20 minutes et une variance de 25. D'après Markov, la probabilité de dépasser 40 minutes est majorée par 20 divisé par 40, soit 0,5. D'après Bienaymé-Tchebychev, la probabilité de s'écarter de l'espérance d'au moins 20 minutes est majorée par 25 divisé par 20 au carré, soit 25 divisé par 400, c'est-à-dire 0,0625 : une borne nettement plus resserrée.
Confusions fréquentes
- Confondre une borne et une valeur exacte
- Markov et Bienaymé-Tchebychev garantissent qu'une probabilité ne dépasse pas un certain nombre ; elles ne donnent jamais la probabilité elle-même, souvent bien inférieure à la borne.
- Oublier que ces inégalités s'appliquent à n'importe quelle loi
- C'est leur intérêt principal : elles restent valables même quand la loi exacte de la variable est inconnue ou trop complexe à manier, au prix d'une borne prudente.
Loi des grands nombres et théorème central limite
La loi des grands nombres, version en probabilité, porte sur une suite de variables aléatoires indépendantes et de même loi, d'espérance finie. Elle énonce que la moyenne empirique calculée sur un échantillon de taille n se rapproche de l'espérance théorique commune, à mesure que n grandit indéfiniment : la probabilité que cette moyenne s'écarte de l'espérance d'une quantité fixée tend vers 0. Une démonstration usuelle s'appuie sur l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, ce qui suppose alors une variance finie.
Le théorème central limite porte sur une suite de variables aléatoires indépendantes, de même loi, et de variance finie. Sous ces trois hypothèses, la moyenne empirique d'un échantillon de taille n, centrée par l'espérance théorique et réduite par l'écart type théorique divisé par la racine de n, suit approximativement une loi normale centrée réduite lorsque n devient grand — quelle que soit la loi initiale des observations, discrète ou continue.
Un échantillon de 100 durées de traitement indépendantes, de moyenne théorique 20 minutes et d'écart type 5 minutes, a une moyenne empirique d'écart type 5 divisé par la racine de 100, soit 0,5. La probabilité que cette moyenne empirique dépasse 21 minutes se calcule en standardisant : Z = (21 − 20) divisé par 0,5, soit 2 ; la loi normale centrée réduite donne alors une probabilité d'environ 0,0228 pour un tel écart.
Distinguer les deux théorèmes en une phrase : la loi des grands nombres dit que la moyenne se rapproche de l'espérance, le théorème central limite dit à quelle vitesse et selon quelle loi — une loi normale, quelle que soit la loi de départ.
Se tester : vrai ou faux ?
Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.
1.La fonction de répartition d'une variable aléatoire est toujours croissante.Voir le corrigé
Vrai
Elle cumule des probabilités : ajouter une valeur possible ne peut que maintenir ou augmenter la probabilité cumulée.
2.Si X et Y sont corrélées positivement, V(X + Y) est égale à V(X) + V(Y).Voir le corrigé
Faux
V(X + Y) = V(X) + V(Y) + 2 Cov(X, Y), et la covariance est ici positive : la variance de la somme dépasse la somme des variances. L'égalité ne vaut que pour des variables non corrélées, en particulier indépendantes.
3.L'espérance d'une somme de variables aléatoires vaut la somme de leurs espérances, même si elles sont dépendantes.Voir le corrigé
Vrai
La linéarité de l'espérance ne demande aucune hypothèse d'indépendance, contrairement à celle de la variance.
4.L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev donne la valeur exacte d'une probabilité.Voir le corrigé
Faux
Elle donne seulement une borne supérieure, souvent bien au-dessus de la probabilité réelle.
5.Le théorème central limite s'applique à des variables indépendantes et de même loi, à condition que leur variance soit finie.Voir le corrigé
Vrai
Ce sont exactement ses trois hypothèses : indépendance, même loi, variance finie.
6.La loi des grands nombres établit que la moyenne empirique centrée et réduite suit approximativement une loi normale.Voir le corrigé
Faux
C'est le théorème central limite qui décrit la loi normale approchée de la moyenne empirique centrée et réduite. La loi des grands nombres énonce seulement que la moyenne empirique se rapproche de l'espérance quand les observations se multiplient.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Guide ENFiP — préparer l'épreuve de QCM et de QRC du concours externe d'inspecteur des finances publiques — DGFiP — ENFiP (nouvel onglet)
- Rapport du jury 2026 — concours externe d'inspecteur des finances publiques — DGFiP — ENFiP (nouvel onglet)
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