L'espace économique français (agriculture, industrie, services), les disparités spatiales et l'aménagement des territoires
25 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Le nombre d'exploitations agricoles en France métropolitaine a diminué d'environ 100 000 entre 2010 et 2020.
Deux lignes du programme se complètent : l'espace économique de la France — agriculture, industrie, services — et les disparités spatiales qui appellent l'aménagement des territoires. La QRC de 2026 demandait comment l'agriculture française fait face à la mondialisation : il faut connaître les atouts et les fragilités de chaque secteur, leur géographie, et les politiques publiques qui les accompagnent. Les chiffres cités proviennent du recensement agricole de 2020, des comptes de l'Insee et des statistiques agricoles de 2025, datées dans la fiche.
À retenir
- L'agriculture française, première de l'Union par la valeur de sa production, se concentre : 389 800 exploitations en métropole en 2020, environ 100 000 de moins qu'en 2010, pour une surface agricole de 26,7 millions d'hectares et une taille moyenne de 69 hectares ; elle s'appuie sur la politique agricole commune.
- Face à la mondialisation, elle garde des points forts à l'export (vins et spiritueux, céréales, produits laitiers) mais importe de plus en plus : en 2025, l'excédent agroalimentaire tombe à 181 millions d'euros, son plus bas niveau depuis la fin des années 1970, et les produits bruts deviennent déficitaires.
- L'industrie a perdu des emplois depuis les années 1970 (désindustrialisation) : l'industrie manufacturière produit environ 10 % de la richesse nationale (279 milliards d'euros de valeur ajoutée en 2024) et les entreprises industrielles comptent 3,4 millions d’emplois salariés en équivalent temps plein en 2023 ; la réindustrialisation est une priorité (France 2030, Territoires d'industrie).
- Les services emploient la grande majorité des actifs et se concentrent dans les métropoles, surtout en Île-de-France ; la France reste la première destination touristique mondiale, avec une centaine de millions de visiteurs internationaux.
- Les disparités spatiales opposent métropoles dynamiques et espaces en difficulté : anciens bassins industriels du Nord et de l'Est, espaces ruraux peu denses, certains quartiers urbains, et outre-mer ; elles nourrissent le sentiment de « fractures territoriales ».
- L'aménagement du territoire, engagé après 1945 et renforcé par la DATAR (1963), a d'abord voulu corriger le déséquilibre entre Paris et la province (métropoles d'équilibre, villes nouvelles, grands équipements) ; il repose aujourd'hui sur des programmes ciblés (Action cœur de ville, Petites villes de demain, France Services, politique de la ville) pilotés par l'Agence nationale de la cohésion des territoires (2020), en lien avec les régions et l'Union.
L'agriculture face à la mondialisation
L'agriculture française est la première de l'Union européenne par la valeur de sa production. Elle occupe 26,7 millions d'hectares de surface agricole et se concentre : le recensement de 2020 compte 389 800 exploitations en métropole, environ 100 000 de moins qu'en 2010, pour une taille moyenne de 69 hectares. Elle est spécialisée par régions — grandes cultures du Bassin parisien, élevage de l'Ouest et des montagnes, vignobles et productions méditerranéennes — et prolongée par une puissante industrie agroalimentaire, premier employeur industriel du pays. La mondialisation lui offre des débouchés : vins et spiritueux, céréales, produits laitiers et produits transformés s'exportent dans le monde entier. Mais elle l'expose aussi à une concurrence accrue, européenne et mondiale, sur les coûts de production et les normes. En 2025, l'excédent agroalimentaire français chute de 4,8 milliards d'euros à 181 millions, son plus bas niveau depuis la fin des années 1970, sous l'effet de la hausse des importations (café, cacao, fruits) et du recul des ventes de vins et spiritueux frappées par des droits de douane américains et chinois ; les produits agricoles bruts deviennent déficitaires. Les agriculteurs, vieillissants et aux revenus inégaux, ont exprimé leur malaise lors des mobilisations de 2024. Pour s'adapter, l'agriculture compte sur la politique agricole commune, sur la montée en gamme (signes de qualité, appellations d'origine, agriculture biologique), sur l'innovation et sur des outils de régulation des relations commerciales ; les accords de libre-échange sont contestés, comme celui conclu avec le Mercosur, signé en janvier 2026 malgré l'opposition de la France et appliqué à titre provisoire depuis le 1er mai 2026, avec une clause de sauvegarde renforcée pour les produits agricoles sensibles.
Confusions fréquentes
- Une puissance agricole qui s'érode
- Dire que la France est une grande puissance agricole reste exact, mais une copie de 2026 doit montrer l'érosion : excédent au plus bas, importations croissantes de fruits, légumes et produits transformés, dépendance à quelques filières exportatrices.
L'industrie et les services
L'industrie française a perdu une grande partie de ses emplois depuis les années 1970 : crise des industries anciennes (charbon, sidérurgie, textile), gains de productivité, externalisation des services, délocalisations et concurrence des pays émergents. Elle reste pourtant puissante : l'industrie manufacturière dégage 279 milliards d'euros de valeur ajoutée en 2024, environ un dixième de la richesse nationale, et les entreprises industrielles comptent 3,4 millions d'emplois salariés en équivalent temps plein en 2023, dont 2,9 millions dans l'industrie manufacturière, avec des points forts dans l'agroalimentaire, l'aéronautique et le spatial (Toulouse), le luxe, la pharmacie, l'énergie et l'armement. Sa géographie a changé : le recul des vieux bassins du Nord et de l'Est contraste avec le dynamisme des métropoles et de l'Ouest, et avec les zones industrialo-portuaires (Dunkerque, Le Havre, Fos-sur-Mer). Depuis les crises sanitaire et énergétique, la réindustrialisation et la souveraineté industrielle sont devenues des priorités : plan d'investissement France 2030, lancé en 2021, programme Territoires d'industrie, relocalisation de productions stratégiques. Les services occupent la grande majorité des actifs : services aux entreprises et fonctions de commandement concentrés dans les métropoles et d'abord à Paris-La Défense, services publics et commerce répartis sur le territoire, tourisme qui fait de la France la première destination mondiale, avec une centaine de millions de visiteurs internationaux par an.
Des disparités spatiales
| Type d'espace | Dynamique | Exemples |
|---|---|---|
| Métropoles et leurs couronnes | Emplois qualifiés, attractivité, croissance démographique | Paris, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes, Montpellier |
| Littoraux et Sud | Attractivité résidentielle et touristique, parfois chômage élevé | Façades atlantique et méditerranéenne |
| Anciens bassins industriels | Pertes d'emplois, reconversion difficile | Nord, Lorraine, vallées industrielles |
| Espaces ruraux peu denses | Vieillissement, recul des services, éloignement | Diagonale des basses densités, moyennes montagnes |
| Quartiers prioritaires et outre-mer | Chômage et pauvreté élevés | Quartiers de la politique de la ville, Mayotte, Guyane |
La métropolisation concentre la richesse, les emplois qualifiés et les fonctions de commandement dans les grandes villes, d'abord à Paris, dont le poids économique dépasse largement le poids démographique. Elle crée des disparités à plusieurs échelles : entre l'Île-de-France et les autres régions, entre les métropoles et les villes moyennes ou petites, entre les centres et certaines périphéries. Les anciens bassins industriels du Nord et de l'Est, les espaces ruraux peu denses, les quartiers urbains en difficulté et plusieurs territoires ultramarins cumulent chômage, pauvreté et recul des services publics. Ces inégalités nourrissent le sentiment de relégation exprimé lors de la crise des « gilets jaunes » (2018-2019) et interrogent l'égalité des territoires.
L'aménagement des territoires
Aménager le territoire, c'est répartir les hommes, les activités et les équipements pour réduire les inégalités et renforcer la compétitivité. La politique naît après le constat du livre de Jean-François Gravier, Paris et le désert français (1947) : la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale (DATAR), créée en 1963, décentralise des industries, désigne des métropoles d'équilibre, crée des villes nouvelles, aménage les littoraux touristiques (Languedoc-Roussillon, Aquitaine) et développe les grands équipements — autoroutes, TGV (train à grande vitesse) à partir de 1981, aéroports. La décentralisation a ensuite confié aux régions un rôle majeur (développement économique, transports, schémas régionaux d'aménagement), tandis que l'Union européenne finance la cohésion par ses fonds structurels. Depuis 2020, l'Agence nationale de la cohésion des territoires, qui a succédé au Commissariat général à l'égalité des territoires, lui-même héritier de la DATAR, accompagne les collectivités par des programmes ciblés : Action cœur de ville (2018) pour les villes moyennes, Petites villes de demain (2020), maisons France Services pour l'accès aux services publics, politique de la ville dans les quartiers prioritaires, zonages de revitalisation rurale. Le numérique (très haut débit), la transition écologique et la réindustrialisation (Territoires d'industrie) sont les nouveaux enjeux.
Pour une QRC sur l'aménagement, montrer le passage d'un aménagement centralisé et volontariste (DATAR, grands équipements) à un aménagement contractuel et ciblé (régions, programmes de l'ANCT [Agence nationale de la cohésion des territoires], fonds européens).
Les sigles de la fiche
- ANCT
- Agence nationale de la cohésion des territoires
- DATAR
- Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale
- TGV
- train à grande vitesse
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1.Le nombre d'exploitations agricoles en France métropolitaine a diminué d'environ 100 000 entre 2010 et 2020.Voir le corrigé
Vrai
Le recensement agricole de 2020 en compte 389 800 ; la taille moyenne s'accroît, à 69 hectares.
2.En 2025, l'excédent agroalimentaire de la France atteint un niveau record.Voir le corrigé
Faux
Il tombe à 181 millions d'euros, son plus bas niveau depuis la fin des années 1970, selon la statistique agricole.
3.L'industrie manufacturière produit environ un dixième de la richesse nationale.Voir le corrigé
Vrai
279 milliards d'euros de valeur ajoutée en 2024 selon l'Insee, contre bien davantage dans les années 1970.
4.La DATAR a été créée en 1982, avec les lois de décentralisation.Voir le corrigé
Faux
La DATAR a été créée en 1963, près de vingt ans avant la décentralisation ; en 2020, c'est l'Agence nationale de la cohésion des territoires qui succède au Commissariat général à l'égalité des territoires.
5.La métropolisation tend à accroître les écarts entre les grandes villes et les autres territoires.Voir le corrigé
Vrai
Elle concentre emplois qualifiés, richesse et fonctions de commandement dans les métropoles, au risque de fragiliser villes moyennes et espaces ruraux.
6.L'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur a été signé avec le soutien de la France.Voir le corrigé
Faux
Il a été signé le 17 janvier 2026, après l'approbation du Conseil à la majorité qualifiée, malgré l'opposition de la France ; il s'applique à titre provisoire depuis le 1er mai 2026.
Textes de référence
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Commerce extérieur agroalimentaire — en 2025, l'excédent agroalimentaire français atteint son plus bas niveau depuis la fin des années soixante-dix (Agreste) — Agreste — ministère de l'Agriculture (nouvel onglet)
- Recensement agricole 2020 — surface moyenne des exploitations : 69 hectares en France métropolitaine et 5 hectares dans les DOM (Agreste Primeur) — Agreste — ministère de l'Agriculture (nouvel onglet)
- Les entreprises industrielles en 2023 — Insee Première n° 2084 (décembre 2025) — Insee (nouvel onglet)
- Valeur ajoutée de l'industrie manufacturière dans l'Union européenne — Insee (nouvel onglet)
- Question écrite n° 08306 : mise en œuvre anticipée de l'accord UE-Mercosur malgré l'opposition de la France (9 avril 2026) — Sénat (nouvel onglet)
- Osons le retour de l’aménagement du territoire — Sénat (nouvel onglet)
- Agence nationale pour la cohésion des territoires — Portail des collectivités locales (nouvel onglet)
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