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Fiche de coursOption de QRC — catégorie A

Les formes d'écriture du moi au cours de l'histoire

15 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

Les Confessions de saint Augustin, à la fin du IVe siècle, sont un aveu adressé à Dieu.

L'écriture du moi est l'un des huit thèmes de l'option littérature de l'épreuve 2 d'inspecteur : la notion en distingue plusieurs formes — confession, essai, mémoires, journal intime, correspondance, autobiographie — chacune datée, illustrée par un auteur et une œuvre, et définie par son destinataire et son projet ; le sujet de 2026 demandait de définir le pacte autobiographique et de l'illustrer par une œuvre, le sujet zéro de citer et caractériser trois formes. Le moi ne se dit pas de la même façon selon qu'il s'adresse à Dieu, à lui-même, à un correspondant ou à la postérité. Cette fiche parcourt ces formes depuis saint Augustin jusqu'au récit de soi contemporain, en réservant à une autre notion la question de la fiction et de l'identité.

À retenir

  • Les Confessions de saint Augustin, à la fin du IVe siècle, inaugurent en Occident le récit de la vie intérieure adressé à Dieu, matrice de l'aveu et de l'examen de conscience.
  • Montaigne, dans les Essais (1580), invente l'autoportrait moral : il se peint dans le mouvement même de sa pensée, sans viser à être un modèle pour autrui.
  • Rousseau ouvre l'autobiographie moderne avec les Confessions, rédigées vers 1765-1770 et publiées en 1782 puis 1789, après sa mort, puis avec les Rêveries du promeneur solitaire, plus fragmentées.
  • Les mémoires (Saint-Simon au XVIIIe siècle, Chateaubriand avec les Mémoires d'outre-tombe) tournent le récit vers l'Histoire et les autres, non vers l'intériorité seule.
  • Le journal intime (Amiel au XIXe siècle, Gide au XXe) enregistre au jour le jour, par entrées datées ; la correspondance, chez Mme de Sévigné, adresse le moi à un destinataire précis, dans l'instant.
  • L'autobiographie se définit théoriquement par le pacte autobiographique que Philippe Lejeune formule en 1975 : identité déclarée entre auteur, narrateur et personnage.
  • Le récit de soi contemporain renouvelle ces formes : Sarraute (Enfance), Perec et Ernaux déplacent les frontières entre mémoire, fragment et dimension sociale du récit.

De saint Augustin à Montaigne

Deux matrices anciennes de l'écriture du moi
Auteur / œuvreDateForme
Augustin, ConfessionsFin du IVe siècleAveu adressé à Dieu, examen de conscience
Montaigne, Essais1580Autoportrait moral, pensée en mouvement

Les Confessions de saint Augustin prennent la forme d'un aveu adressé à Dieu : l'auteur y retrace le désordre de sa jeunesse pour en faire un examen de conscience, mouvement de la faute vers le salut. Cette matrice religieuse structure durablement l'écriture du moi : se raconter, c'est d'abord confesser. Avec les Essais, Montaigne déplace le projet : le destinataire n'est plus Dieu mais le lecteur, et le but n'est plus le salut mais la connaissance de soi. Il se peint dans le mouvement même de sa pensée, au fil de digressions qui suivent les inflexions de son jugement plutôt qu'un plan arrêté d'avance ; l'autoportrait moral qu'il invente ainsi reste laïque, provisoire, ouvert à la contradiction.

Confusions fréquentes

« Confessions » d'Augustin et « Confessions » de Rousseau ne se confondent pas
Rousseau reprend le titre d’Augustin pour raconter sa singularité aux hommes ; il conserve pourtant l’adresse à Dieu comme juge dans le préambule.
L'essai n'est pas la confession religieuse
Montaigne ne cherche ni l'aveu d'une faute ni le salut : il vise la connaissance de soi, sans destinataire divin et sans mouvement de repentir organisé.

Rousseau et la naissance de l'autobiographie moderne

Rousseau ouvre l'autobiographie moderne avec les Confessions, rédigées vers 1765-1770 et publiées en deux temps, 1782 puis 1789, après sa mort en 1778. Le projet se veut sans précédent : dire toute la vérité sur soi, y compris ce qui n'est pas à son avantage, dans un texte fondé sur l'exigence de sincérité plutôt que sur l'exemplarité morale. Les Rêveries du promeneur solitaire, également posthumes, prolongent ce projet sous une forme plus fragmentée et méditative, dix promenades organisées autour d'une pensée qui se cherche plutôt qu'elle ne se démontre.

Rousseau ouvre les Confessions en annonçant une entreprise qui n'a jamais eu d'exemple et qui n'aura point d'imitateur : il s'agit de montrer un homme dans toute la vérité de la nature.

Ce qu'on peut en tirer : le projet rousseauiste rompt avec la confession religieuse en substituant à l'aveu d'une faute la revendication d'une singularité entière.

Pour dater Rousseau sans erreur : rédaction vers 1765-1770, publication en 1782 puis 1789, après sa mort en 1778 ; les Rêveries, également posthumes, datent de la toute fin de sa vie.

Mémoires, journal intime et correspondance

Trois formes tournées vers des destinataires différents
FormeOrientationExemples
MémoiresLe moi au service du récit historique et socialSaint-Simon (XVIIIe siècle) ; Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe
Journal intimeÉcriture par entrées datées, au fil des joursAmiel (XIXe siècle) ; Gide (XXe siècle)
CorrespondanceLe moi adressé à un destinataire précis, dans l'instantMme de Sévigné (XVIIe siècle)

Les mémoires, le journal intime et la correspondance disent le moi selon des rapports au temps différents. Les mémoires sont rétrospectifs : Saint-Simon raconte la vie de cour, Chateaubriand mêle son existence aux événements de son temps. Leur orientation historique les distingue d’une autobiographie centrée sur la personnalité, sans les exclure de l’engagement de vérité. Le journal intime s’écrit par entrées datées au fil des jours ; il peut évoquer des souvenirs sans reconstruire une vie depuis un point final unique. La correspondance s’adresse à un destinataire précis et se construit dans l’échange. Ces formes peuvent partager le pacte de sincérité du récit de soi, même si leur organisation diffère.

L'autobiographie théorisée et le récit de soi contemporain

L'autobiographie trouve sa définition théorique la plus opérante avec le pacte autobiographique que Philippe Lejeune formule en 1975 : il désigne l'engagement, pris par l'auteur, d'une identité entre lui-même, le narrateur et le personnage principal du récit rétrospectif en prose. Cette identité déclarée distingue l'autobiographie du roman personnel, où la ressemblance avec l'auteur reste seulement suggérée. Le récit de soi contemporain interroge et déplace cette définition sans la rejeter entièrement, en portant une attention nouvelle à la fiabilité et aux limites de la mémoire.

Nathalie Sarraute, dans Enfance, construit son récit sous la forme d'un dialogue entre deux voix qui se disputent la fiabilité de chaque souvenir, mettant en scène le doute sur la mémoire plutôt que de le dissimuler.

Ce qu'on peut en tirer : le récit de soi contemporain assume l'incertitude du souvenir comme partie du récit, ce que le pacte autobiographique classique ne mettait pas au premier plan.

Pour une question sur l'écriture du moi, organiser la réponse par forme (confession, essai, mémoires, journal, correspondance, autobiographie), chacune datée et illustrée, plutôt que par auteur.

Se tester : vrai ou faux ?

Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.Les Confessions de saint Augustin, à la fin du IVe siècle, sont un aveu adressé à Dieu.Voir le corrigé

    Vrai

    L'auteur y retrace le désordre de sa jeunesse pour en faire un examen de conscience, mouvement vers le salut.

  2. 2.Montaigne écrit les Essais pour donner des règles de conduite exemplaires à ses lecteurs.Voir le corrigé

    Faux

    Il écrit pour se connaître lui-même, dans le mouvement de sa pensée, sans viser à servir de modèle.

  3. 3.Les Confessions de Rousseau paraissent en 1782 puis en 1789, après sa mort en 1778.Voir le corrigé

    Vrai

    Le texte, rédigé vers 1765-1770, paraît en deux temps après la disparition de l'auteur.

  4. 4.Les Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand relèvent du genre du journal intime.Voir le corrigé

    Faux

    Ce sont des mémoires, récit rétrospectif tourné vers l'Histoire, non une écriture au jour le jour.

  5. 5.Le pacte autobiographique de Philippe Lejeune (1975) suppose l'identité entre l'auteur, le narrateur et le personnage.Voir le corrigé

    Vrai

    Cette identité déclarée distingue l'autobiographie du roman personnel, où la ressemblance reste seulement suggérée.

  6. 6.La correspondance de Mme de Sévigné constitue une autobiographie au sens du pacte de Lejeune.Voir le corrigé

    Faux

    Elle adresse le moi à un destinataire précis, dans l'instant de chaque lettre, sans le récit rétrospectif construit qu'exige le pacte autobiographique.

Textes de référence

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