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Fiche de cours

La politique étrangère et de sécurité commune

15 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques

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Vrai ou faux ?

La politique étrangère et de sécurité commune relève d'une logique intergouvernementale, à la différence de la méthode communautaire.

La politique étrangère et de sécurité commune (PESC) occupe une place à part dans l'architecture de l'Union : elle reste de nature intergouvernementale, gouvernée par l'unanimité, et largement soustraite au contrôle de la Cour de justice, à la différence des politiques relevant de la méthode communautaire. Le traité de Lisbonne a renforcé son visage institutionnel, le Haut représentant, fonction qui existait depuis le traité d'Amsterdam, et l'a dotée d'un service diplomatique propre. Cette fiche distingue cette logique intergouvernementale du fonctionnement des autres politiques de l'Union et présente ses instruments et ses limites.

À retenir

  • La PESC relève d'une logique intergouvernementale : les décisions se prennent en principe à l'unanimité au sein du Conseil et du Conseil européen, et non selon la procédure législative ordinaire.
  • La compétence juridictionnelle est en principe exclue en PESC. Les traités réservent le contrôle de certaines mesures restrictives individuelles et du respect de l'article 40 TUE. L'arrêt KS et KD du 10 septembre 2024 précise aussi la compétence pour les actes ou omissions qui ne se rattachent pas directement à des choix politiques ou stratégiques, notamment des actes de gestion administrative d'une mission.
  • Le Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, dans sa fonction remaniée par le traité de Lisbonne, préside le Conseil dans sa formation affaires étrangères et est simultanément vice-président de la Commission européenne.
  • Le Service européen pour l'action extérieure, placé sous l'autorité du Haut représentant, constitue le service diplomatique de l'Union et anime son réseau de délégations à l'étranger.
  • La politique de sécurité et de défense commune, partie intégrante de la PESC, permet à l'Union de conduire des missions civiles et militaires de gestion de crise, sans disposer d'une armée européenne permanente.
  • Les sanctions, ou mesures restrictives, sont décidées à l'unanimité par le Conseil sur le fondement de la PESC, puis mises en œuvre par des actes distincts lorsqu'elles touchent des matières économiques relevant du traité sur le fonctionnement de l'Union.
  • La coopération structurée permanente, instaurée en 2017, permet aux États volontaires et disposant des capacités nécessaires de développer conjointement des projets de défense, sans engager l'ensemble des États membres.

Une politique de nature intergouvernementale

Le titre V du traité sur l'Union européenne consacre à la PESC un régime dérogatoire par rapport aux autres politiques de l'Union. Les décisions s'y prennent, en principe, à l'unanimité du Conseil européen ou du Conseil, et non selon la procédure législative ordinaire associant Parlement et Conseil ; l'Union y adopte des décisions, non des règlements ou des directives, qui restent l'apanage de la méthode communautaire. Un mécanisme d'abstention constructive permet à un État de ne pas s'opposer à une décision sans pour autant s'y associer : il n'est alors pas tenu de l'appliquer, mais accepte qu'elle engage l'Union, à condition que les États s'abstenant ainsi ne représentent pas au moins un tiers des États membres réunissant au moins un tiers de la population de l'Union (article 31 du traité sur l'Union européenne). La compétence juridictionnelle est en principe exclue en PESC. Les traités réservent le contrôle de certaines mesures restrictives individuelles et du respect de l'article 40 TUE. L'arrêt KS et KD du 10 septembre 2024 précise aussi la compétence pour les actes ou omissions qui ne se rattachent pas directement à des choix politiques ou stratégiques, notamment des actes de gestion administrative d'une mission.

PESC et méthode communautaire
Méthode communautairePESC
Règle de voteMajorité qualifiée en généralUnanimité en principe
Actes adoptésRèglements, directives, décisionsDécisions PESC
InitiativeQuasi-monopole de la CommissionÉtats membres ou Haut représentant, seul ou avec le soutien de la Commission
Contrôle juridictionnelCour de justice pleinement compétenteCompétence limitée : article 40, certaines sanctions individuelles et actes sans lien direct avec des choix politiques ou stratégiques

Une décision de sanctionner un régime étranger par un embargo sur les armes relève d'une décision PESC adoptée à l'unanimité par le Conseil ; sa traduction en mesures économiques opposables aux opérateurs, comme l'interdiction d'exporter certains biens, prend ensuite la forme d'un règlement fondé sur le traité sur le fonctionnement de l'Union.

La décision PESC et le règlement du Conseil fondé sur l'article 215 TFUE ont des bases juridiques et des règles de vote distinctes.

Le Haut représentant et le Service européen pour l'action extérieure

Le traité de Lisbonne remanie la fonction de Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, nommé par le Conseil européen à la majorité qualifiée avec l'accord du président de la Commission. Cette fonction cumule deux casquettes : le Haut représentant préside le Conseil dans sa formation affaires étrangères, sauf lorsque celle-ci traite de politique commerciale commune, cas où la présidence est assurée par la présidence tournante, et il est simultanément l'un des vice-présidents de la Commission européenne, chargé de la cohérence de l'action extérieure de l'Union. Il dispose, pour exercer ses fonctions, du Service européen pour l'action extérieure, service diplomatique propre à l'Union créé après l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, qui anime le réseau des délégations de l'Union dans les pays tiers et auprès des organisations internationales.

Les deux casquettes du Haut représentant
FonctionRattachement
Président du Conseil affaires étrangèresConseil de l'Union européenne
Vice-président de la CommissionCommission européenne

Confusions fréquentes

Le Haut représentant n'est pas le président du Conseil européen
Ce sont deux fonctions distinctes : Lisbonne a instauré une présidence permanente du Conseil européen et renforcé le Haut représentant. Le premier préside les chefs d'État ou de gouvernement ; le second conduit la PESC et préside le Conseil affaires étrangères, sous réserve de sa réunion sur le commerce.
Le Service européen pour l'action extérieure n'est pas un service de la Commission
Placé sous l'autorité du Haut représentant, il constitue un service sui generis de l'Union, distinct des directions générales de la Commission, même s'il travaille en lien étroit avec elles.

La politique de sécurité et de défense commune : missions, sanctions, limites

La politique de sécurité et de défense commune, partie intégrante de la PESC, permet à l'Union de déployer des missions civiles, telles que des missions de formation ou d'appui à l'État de droit, et des opérations militaires, telles que des missions de formation des forces armées d'un État partenaire ou des opérations navales de lutte contre la piraterie. Ces missions se décident à l'unanimité et se déploient sous mandat limité dans le temps, sans constituer une armée européenne permanente : chaque État conserve la maîtrise de ses propres forces armées, et leur contribution à une mission demeure volontaire. Les sanctions de l'Union, ou mesures restrictives, décidées à l'unanimité par le Conseil sur le fondement de la PESC, peuvent viser des États, des entités ou des personnes physiques : gel des avoirs, interdiction de déplacement, embargo sur les armes. La coopération structurée permanente, instaurée en 2017, permet à un groupe d'États volontaires et disposant des capacités nécessaires de s'engager plus étroitement sur des projets de défense communs — développement d'équipements, mobilité militaire, recherche —, sans requérir la participation de l'ensemble des vingt-sept États membres.

Trois limites structurelles de la PESC
LimiteConséquence
Absence d'armée européenne permanenteChaque mission dépend de contributions volontaires des États membres
Règle de l'unanimitéUn seul État peut bloquer une décision relevant de l'unanimité ; l'abstention constructive permet de ne pas la bloquer
Divergences de politique étrangère nationaleDes positions distinctes des États membres peuvent freiner une action commune rapide

Pour une question sur les limites de la PESC, ne pas se limiter à « l'absence d'armée européenne » : ajouter systématiquement la règle de l'unanimité et les divergences d'intérêts nationaux, qui expliquent ensemble la lenteur fréquente des prises de décision en matière de politique étrangère.

Les sigles de la fiche

PESC
politique étrangère et de sécurité commune
TFUE
traité sur le fonctionnement de l'Union européenne
TUE
traité sur l'Union européenne

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Décidez si l’affirmation est vraie ou fausse, puis ouvrez le corrigé.

  1. 1.La politique étrangère et de sécurité commune relève d'une logique intergouvernementale, à la différence de la méthode communautaire.Voir le corrigé

    Vrai

    Les décisions sont prises en principe à l'unanimité, avec les exceptions de l'article 31 TUE. L'adoption d'actes législatifs est exclue en PESC.

  2. 2.En matière de PESC, la Cour de justice de l'Union exerce son contrôle de droit commun, comme pour le marché intérieur.Voir le corrigé

    Faux

    La compétence juridictionnelle est en principe exclue en PESC. Les traités réservent le contrôle de certaines mesures restrictives individuelles et du respect de l'article 40 TUE. L'arrêt KS et KD du 10 septembre 2024 précise aussi la compétence pour les actes ou omissions qui ne se rattachent pas directement à des choix politiques ou stratégiques, notamment des actes de gestion administrative d'une mission.

  3. 3.Le Haut représentant de l'Union préside le Conseil dans sa formation affaires étrangères.Voir le corrigé

    Vrai

    Le Haut représentant préside cette formation ; lorsqu'elle traite de politique commerciale commune, la présidence tournante du Conseil en assure la présidence.

  4. 4.Le Haut représentant et le président du Conseil européen désignent la même fonction.Voir le corrigé

    Faux

    Lisbonne a instauré une présidence permanente du Conseil européen et remanié le Haut représentant. Ces deux fonctions gardent des attributions différentes.

  5. 5.La décision PESC instituant un nouveau régime de sanctions de l'Union est adoptée à la majorité qualifiée du Conseil.Voir le corrigé

    Faux

    Le nouveau régime est décidé à l'unanimité. Les mesures économiques de l'article 215 TFUE sont prises à la majorité qualifiée ; l'article 31 TUE prévoit aussi certains votes à la majorité qualifiée pour des décisions de mise en œuvre.

  6. 6.La coopération structurée permanente impose la participation de l'ensemble des vingt-sept États membres.Voir le corrigé

    Faux

    Elle réunit les seuls États volontaires et disposant des capacités nécessaires, sans engager tous les États membres.

Textes de référence

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