La politique sociale de l'Union
13 min de lectureAu programme du concours d’inspecteur des Finances publiques
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Le socle européen des droits sociaux a été proclamé en 2017 à Göteborg.
La politique sociale de l'Union n'est ni une compétence exclusive ni un simple vœu : c'est une compétence partagée, mais bornée par des unanimités et des exclusions précises. Le socle européen des droits sociaux, les directives sur le temps de travail, le détachement et les salaires minimaux adéquats en donnent le contenu concret. Pour comparer ses instruments, distinguer ce qui relève de l'harmonisation contraignante de ce qui relève de la seule coordination.
À retenir
- La politique sociale relève d'une compétence partagée et bornée : l'article 153 du traité sur le fonctionnement de l'Union distingue les domaines soumis à la procédure législative ordinaire, à la majorité qualifiée, et ceux qui exigent l'unanimité du Conseil, comme la sécurité sociale.
- Le socle européen des droits sociaux, proclamé en 2017 à Göteborg par le Parlement, le Conseil et la Commission, énonce vingt principes répartis en trois chapitres : égalité des chances, conditions de travail équitables, protection et inclusion sociales.
- La directive sur le temps de travail plafonne la durée hebdomadaire moyenne à 48 heures, heures supplémentaires comprises, et fixe un repos quotidien minimal et un congé payé annuel ; la directive sur le détachement, révisée en 2018, impose une rémunération égale à travail égal sur un même lieu de travail.
- La directive relative à des salaires minimaux adéquats, adoptée en 2022, ne fixe aucun montant commun : elle encadre les procédures nationales de fixation des salaires minimaux et promeut la négociation collective, sans harmoniser les niveaux nationaux de salaire. Saisie par le Danemark, la Cour de justice l'a validée pour l'essentiel le 11 novembre 2025, mais a annulé la liste des critères que les États devaient prendre en compte, qui empiétait sur la détermination des rémunérations.
- Le Fonds social européen, devenu FSE+ pour la période 2021-2027, est le plus ancien fonds de l'Union : il finance l'emploi, la formation et l'inclusion.
- La méthode ouverte de coordination organise, sans acte contraignant, des objectifs communs, des plans nationaux et une évaluation par les pairs, notamment pour l'emploi et l'inclusion sociale.
- L'article 153, paragraphe 5, exclut les rémunérations, l'association, la grève et le lock-out des dispositions de cet article. Il n'écarte pas toute action de l'Union ayant un lien avec les salaires : l'article 157 impose notamment l'égalité de rémunération entre femmes et hommes.
Une compétence partagée et bornée
| Domaine | Procédure |
|---|---|
| Santé-sécurité au travail, conditions de travail, information et consultation des travailleurs, égalité entre femmes et hommes | Procédure législative ordinaire, à la majorité qualifiée |
| Sécurité sociale et protection sociale des travailleurs | Unanimité du Conseil, procédure législative spéciale |
| Protection des travailleurs en cas de résiliation du contrat de travail | Unanimité du Conseil |
| Représentation et défense collective des intérêts des travailleurs et des employeurs, y compris la cogestion | Unanimité du Conseil |
| Rémunération, droit d'association, droit de grève et de lock-out | Hors des dispositions de l'article 153 (§ 5), sans exclure les autres bases des traités |
L'Union agit dans les compétences attribuées par les traités. L'article 153 permet des directives de prescriptions minimales dans certains domaines, réserve l'unanimité aux points c), d), f) et g) de son paragraphe 1, et exclut de ses propres dispositions les rémunérations, l'association, la grève et le lock-out. Cette exclusion n'interdit pas toute mesure ayant un lien avec les salaires, notamment l'égalité de rémunération entre femmes et hommes garantie par l'article 157.
Confusions fréquentes
- Une directive n'est pas un « salaire minimum européen »
- La directive de 2022 sur les salaires minimaux adéquats encadre les procédures nationales et encourage la négociation collective ; elle ne crée aucun montant harmonisé ni aucun salaire minimum décidé à Bruxelles. La Cour de justice en a même annulé, le 11 novembre 2025 (Danemark contre Parlement et Conseil, C-19/23), la liste commune de critères de fixation (article 5, paragraphe 2) : l'Union ne peut pas s'ingérer directement dans la détermination des rémunérations (article 153, paragraphe 5).
- Coordination et harmonisation ne se confondent pas
- Une directive s'impose et se transpose ; la méthode ouverte de coordination ne produit que des objectifs communs et des comparaisons, sans obligation juridique. La distinction porte sur la portée juridique de l'instrument.
Les directives sociales de référence
La directive 2003/88/CE sur l'aménagement du temps de travail encadre la durée du travail dans l'ensemble de l'Union : durée hebdomadaire moyenne plafonnée à 48 heures sur une période de référence, heures supplémentaires comprises, repos quotidien minimal de onze heures consécutives, et congé annuel payé d'au moins quatre semaines. Les États peuvent adopter des règles plus protectrices. La directive prévoit aussi des dérogations encadrées : repos compensateur dans certains cas et, selon l'article 22, possibilité de dépasser 48 heures avec accord individuel et garanties.
La directive sur le détachement de travailleurs, adoptée en 1996 puis révisée en 2018, encadre la mise à disposition temporaire, par une entreprise établie dans un État membre, d'un salarié pour exécuter une prestation dans un autre État. La révision de 2018 impose une rémunération égale à travail égal sur un même lieu de travail, c'est-à-dire l'ensemble des éléments obligatoires de rémunération de l'État d'accueil, et non plus le seul salaire minimum ; au-delà de douze mois, ou de dix-huit mois après notification motivée, elle étend les conditions de travail de l'État d'accueil, avec des exceptions comme la conclusion et la fin du contrat et les régimes complémentaires de retraite. Ces seuils ne sont pas une durée maximale du détachement.
Une entreprise polonaise détache un ouvrier du bâtiment sur un chantier français pour huit mois : il perçoit la rémunération et les primes obligatoires françaises pour cet emploi, mais reste affilié à la sécurité sociale polonaise tant que le certificat de détachement le prévoit.
Le socle des droits sociaux, les fonds et les limites
Le socle européen des droits sociaux, proclamé en novembre 2017 à Göteborg par le Parlement, le Conseil et la Commission, énonce vingt principes en trois chapitres : égalité des chances et accès au marché du travail, conditions de travail équitables, protection et inclusion sociales. Il n'a pas de force contraignante propre, mais il oriente le semestre européen et l'emploi des fonds, dont le Fonds social européen, devenu FSE+ pour la période 2021-2027, qui finance l'emploi, la formation et l'inclusion.
| Chapitre | Exemples de principes |
|---|---|
| Égalité des chances et accès au marché du travail | Éducation et formation tout au long de la vie, égalité de genre, soutien actif à l'emploi |
| Conditions de travail équitables | Emploi sûr et adaptable, salaires, dialogue social, équilibre entre vie professionnelle et vie privée |
| Protection et inclusion sociales | Soins de santé, revenu minimum, retraite adéquate, inclusion des personnes handicapées, logement |
Les limites de l'action sociale de l'Union tiennent au principe de subsidiarité, à l'unanimité exigée au titre de l'article 153 pour la sécurité sociale des travailleurs, et à l'exclusion de la rémunération, de l'association, de la grève et du lock-out des seules dispositions de l'article 153. La méthode ouverte de coordination complète ce dispositif pour l'emploi et l'inclusion : objectifs communs, plans d'action nationaux, indicateurs partagés et évaluation par les pairs, sans sanction en cas d'écart.
Pour comparer les instruments : une directive lie les États quant au résultat et appelle une transposition ; la méthode ouverte de coordination fixe des objectifs communs sans obligation juridique ; un fonds apporte un financement. Une règle contraignante peut aussi venir d'un règlement, directement applicable.
Les sigles de la fiche
- FSE
- Fonds social européen
- TFUE
- traité sur le fonctionnement de l'Union européenne
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1.Le socle européen des droits sociaux a été proclamé en 2017 à Göteborg.Voir le corrigé
Vrai
Le Parlement, le Conseil et la Commission l'ont proclamé conjointement lors du sommet social de Göteborg, en novembre 2017.
2.Saisie par le Danemark, la Cour de justice a annulé la directive de 2022 sur les salaires minimaux adéquats le 11 novembre 2025.Voir le corrigé
Faux
La Cour de justice a validé la directive pour l'essentiel le 11 novembre 2025 et n'en a annulé que des dispositions limitées, dont la liste des critères que les États devaient prendre en compte. La directive ne fixe aucun montant commun.
3.La sécurité sociale, en matière de politique sociale, se décide à l'unanimité du Conseil.Voir le corrigé
Vrai
L'article 153, paragraphe 2, du TFUE range la sécurité sociale parmi les matières exigeant l'unanimité et une procédure législative spéciale.
4.Le droit de grève entre dans le champ des dispositions de l'article 153 du TFUE.Voir le corrigé
Faux
Le paragraphe 5 exclut la grève, le lock-out, les rémunérations et l'association des dispositions de cet article, sans effacer les autres bases des traités.
5.Le Fonds social européen finance notamment l'emploi, la formation et l'inclusion sociale.Voir le corrigé
Vrai
Le FSE, devenu FSE+ pour 2021-2027, est le plus ancien fonds de l'Union consacré à ces politiques.
6.La méthode ouverte de coordination produit des actes juridiquement contraignants pour les États membres.Voir le corrigé
Faux
Elle organise des objectifs communs et une évaluation par les pairs, sans créer d'obligation juridique ni de sanction.
Textes de référence
- Institutions et organes de l'Union européenne — european-union.europa.eu (nouvel onglet)
- Programmes de l'épreuve écrite n° 2 d'admissibilité du concours externe d'inspecteur des finances publiques (QCM et neuf options de QRC) — DGFiP — economie.gouv.fr (nouvel onglet)
- Fiches thématiques vie-publique.fr (institutions, finances publiques, Union européenne) — DILA — vie-publique.fr (nouvel onglet)
- Texte primaire de l’Union — 12016E153 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
- Texte primaire de l’Union — 12016E157 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
- Texte primaire de l’Union — 32003L0088 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
- Texte primaire de l’Union — 32018L0957 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
- Texte primaire de l’Union — 32004R0883 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
- Texte primaire de l’Union — 62023CJ0019 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
- Les vingt principes du socle des droits sociaux — Commission européenne (nouvel onglet)
- Le FSE+ — Commission européenne (nouvel onglet)
- Conclusions du Conseil européen de Lisbonne, mars 2000 — Conseil européen (nouvel onglet)
- Traités consolidés — 12016E288 — Union européenne / Cour de justice (nouvel onglet)
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